Devinez ce que j'ai fait mardi soir?
Une dégustation!!!
Etonnant, non?
Celle-ci s'est passé chez l'un des membres de mon club de dégustation. Nous étions cinq personnes réunies autour d'un thème: le millésime 2003. Ce millésime très atypique du fait d'un climat très chaud et très sec a donné des vins qui sortent de l'ordinaire. Un petit bilan, donc, très partiel et partial. En tout cas fort intéressant!
1er vin: robe jaune paille. Nez sur l'aubépine, l'amande amère et l'abricot. Le vin présente peu de matière, manque de fraîcheur et accroche légèrement au palais. Finale courte et un brin amer. Autant dire que ça ne m'emballe guère... C'est un Côtes d'Auvergne "la légendaire" de la Maison Desprat (cépage Chardonnay).
2ème vin: robe dorée. Nez riche, confit sur la frangipane, le beurre et les agrumes. La
bouche se montre mûre, assez grasse, avec un peu de perlant qui apporte une touche de fraîcheur! Ca fait pas de mal, car le côté beurré est un peu appuyé. C'est ça, le 2003!Ce vin qui m'emballe nettement plus que le premier - sans pour autant m'enthousiasmer - est un Pouilly-Vinzelles du Domaine de la Soufrandière (les fameux Bret Brothers).
3ème vin: robe paille. Nez totalement sur l'élevage: vanille, beurre, épices... Va donc reconnaître un cépage! La bouche est ronde, soyeuse, riche, mais elle aussi trop dominée par l'élevage. On le perçoit même en finale avec une note de caramel un peu acre. Belle matière, mais à attendre en espérant que ça s'atténuera un jour. C'était un Gaillac "les trois chênes" du domaine Montels (majorité Sauvignon et len de l'el).
Nous passons ensuite aux vins rouges.
4ème vin: robe rouge violacée. Nez gourmand, friand, sur la framboise, la fraise et le poivre.
On imagine déjà la bouche accueillante, charnue... Nenni: c'est fluet, rêche et acide... Plus un vin à sentir qu'à boire! Au nez, il me faisait penser aux côteaux du Giennois bus en décembre. Je sugère "pinot noir/gamay". Bingo! C'est encore un Côtes d'Auvergne de Desprat "la légendaire". Ce vin a tout de même une médaille d'Or au concours mondial de Bruxelles. J'ose donc imaginer que nous avons eu une bouteille défectueuse.
5ème vin: robe violacée très sombre. Beau nez sur la myrtille, la crème de mûre, et la vanille. Bouche ample, souple, fruitée. Arrivent des tannins un peu astringents qui ont tendance à assécher la bouche. Ce vin gagnera à attendre (ou à être carafé quelques heures). Connaissant un peu les goûts de mon hôte, je suggère que ce vin est à base de Braucol. Yesss! C'est un Gaillac, "les trois chênes" du domaine Montels (Braucol/merlot).
6ème vin: robe rouge sombre. Nez sur la prune, le noyau, le cacao et la fumée. La
bouche est riche, charnue, de belle complexité. La fin est un peu astringente, mais disparaît à l'aération. Finale persistante. J'ai un peu de mal à situer ce vin très plaisant. Les arômes sont assez atypiques. Un peu normal, c'est un vin 100% Niellucio: un patrimonio du domaine Cordoliani. A la lecture de son site, je me dis que goûterais volontiers sa Perle Noire à base de vieilles vignes de Carignan...
7ème vin: robe bordeaux sombre. Nez magique de crème de fruits noirs, d'épices, de pain grillé et de chocolat noir à l'orange confite (orangette). On retrouve cette richesse en bouche avec une belle onctuosité, des tannins veloutés avec en toile de fond des arômes mystérieux de Mandarine Impériale. La fin de bouche un peu ferme vous rappelle que ce vin est conçu pour la garde. C'est un Château Talbot 2003. Olivier et moi avions eu la chance de le découvrir en cours d'élevage en juillet 2004. L'échantillon dégusté était plus sensuel et soyeux que le vin de ce soir. On voit que l'élevage en barrique apporte une matière et une densité supplémentaire (et un sérieux?) au vin.
Place aux liquoreux...
8ème vin: robe dorée. Nez toute en délicatesse de raisin confit, d'ananas et d'orange. En bouche, c'est du jus d'ananas, avec
un joli soyeux, une grande fraîcheur. Bref, que du bonheur! Et apparemment très abordable. C'est un Côteau du Layon - Chaume 1er Cru de Michel Blouin.
9ème vin: robe d'un or plus intense, plus dense aussi. Le nez est explosif: miel, ananas, pomme rôtie au beurre, coing... La bouche est onctueuse, riche, complexe. Son gras est équilbrée par une acidité cristalline. Un très beau vin. On sent une parenté avec le précédent. Normal: c'est un côteau du Layon (SGN) de Philippe Delesvaux (100% botrytisé).
10ème vin: la robe rosée surprend. Le nez aussi: figue, noix verte, café indonésien,
thérébentine... Et la bouche, donc: grande densité , sucre résiduel colossal, mais acidité à l'avenant! La figue s'impose, et la vanille, et la noix, et plein d'autres choses indéfinissables... Une chose est sûr: j'ADORE! Quant à savoir ce que c'est... Même si ça me rappelle vaguement quelque chose. Normal, là encore: le PX!!! C'est un Pedro Ximénez Alvear de 2003! Habitué à des PX de 30 ans d'âge, je n'avais pas reconnu le jeunot... Ils présentent pourtant pas mal de points communs, et ... pas mal de différences. Je me refuse de préférer l'un à l'autre. Chacun à son charme.
C'est sur cette émouvante bouteille que la soirée se finit. On repart avec des petites étoiles dans les yeux..
