A boire et à manger

Quand deux passions se rejoignent pour n'en faire qu'une: la gastronomie

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11 août 2017

On n'a pas tous les jours 50 ans

Cette fois, ce n'est pas une blague. C'est aujourd'hui que je franchis le demi-siècle. Deux jours après le repas évoqué ICI, nous nous retrouvons en petit comité (4 personnes) au Rythme du Rail pour fêter ce passage de la cinquantaine : évidemment Ludovic né 1h30 avant moi, ainsi que Didier et Bernard. Même si j'aime la main à la pâte en cuisine, c'est agréable parfois de se mettre les pieds sous la table et de profiter du moment présent. Chacun a apporté une, deux, ou ... quatre bouteilles, accompagnées par un menu imaginé par Rudy Bonboire et son chef cuisinier. Tout est bu à l'aveugle, sauf le Champagne. 

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Nous démarrons avec deux "mises en bouche" qui relèvent plutôt d'entrées froides : un carpaccio de gite de boeuf, roquette, huile d'olive et parmiggiano... 

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... et un saumon mariné aux baies roses et huile citronnée

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Les deux accompagnent un Champagne amené par Ludovic : le Clos d'Ambonnay 1996 de Krug. La robe est d'un or intense parsemé de fines bulles. Le nez est très Krug, avec des notes de fruits secs, de viennoiserie chaude, de pain grillé, de moka... La bouche est élancée avec une acidité traçante typique des 1996, mais enrobée d'une matière  d'une densité impressionnante : il s'en dégage une puissance et une vinosité assez énormes. Toutefois, le toucher crémeux et la délicatesse des bulles réussissent à apporter une élégance presque insouciante. Le tsunami de la finale vous rappelle que vous êtes en train de boire un monstre : c'est d'une énergie revigorante, éclaboussante, jouissive. À l'aromatique perçue au nez, succèdent des notes persistantes de fruits rouges (cerise, framboise) qui vous rappellent que ce vin est un 100 % Pinot noir. 

Je ne peux tout de même m'empêcher de penser que ce vin est encore trop jeune et ne dévoile pas toute sa richesse potentielle. Aujourd'hui, il est excellent. Dans une petite dizaine d'années, il devrait être sublime. 

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Nous poursuivons avec des filets de soles cuits à la vapeur, sauce Nantua, feuilleté au sésame blanc. La cuisson est parfaite, et la sauce pas trop puissante/typée autorise de multiples accords. 

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La bouteille prévue au départ par Bernard est un Chevalier-Montrachet "Les demoiselles" 2006 de Louis Latour. Est-ce un coup de la fameuse "premox" qui atteint pas mal de vins blancs bourguignons. Toujours est-il que le nez est déjà bien marqué par des notes de cire d'abeille et de fruits secs, alors qu'il n'est pas si vieux que ça. La bouche est assez plate, manquant d'expressivité et de profondeur, même si ce n'est pas imbuvable. Mais on n'est clairement pas au niveau attendu d'un Grand Cru.

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Heureusement, il avait une bouteille de remplacement : un Riesling Frédéric-Emile 2001 de Trimbach. Le nez est typique du cépage, avec des notes terpéniques, de la mangue et de la pêche jaune, et une pincée d'épices. La bouche est tendue sans être trop tranchante, avec une matière ronde, généreuse, d'une belle complexité aromatique. Un vin complet, équilibré, à parfaite maturité, vraiment très agréable à boire, et qui a bien accompagné les soles. 

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Succède un Vol au vent de coeur de ris de veau, pleurotes du Fort de Lantin, jus réduit aux morilles. Deux bouteilles très différentes vont être servies simultanément : un vin rouge apporté par Bernard, et un blanc qui vient de ma cave.

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Le Chablis GC Les Clos 1986 de Jean-Paul Droin a une robe dorée qui trahit son âge, mais pas de trace cuivrée. Le nez est puissant et complexe sur l'agrume confit, le miel, le beurre noisette, et des notes plus forestières (sous-bois, champignon). La bouche a toujours la fine acidité traçante d'un Chablis, mais avec une matière ronde, riche, intense qui nous emmènerait plus en Côte de Beaune. La finale persistante a une sacrée énergie pour un trentenaire, avec un retour de l'agrume, du miel et une pointe d'encaustique.  L'accord avec le ris de veau et plus encore les morilles est des plus sympathiques.

Le Musigny GC 2008 de Jacques Prieur a une robe rubis translucide. Le nez est fin et élégant, sur la cerise, la mûre, quelques épices grillées, et cette touche de terre fraîche que j'apprécie tant dans les vins de Pinot noir. La bouche est ronde, ample, soyeuse, déroulant crescendo un fruit très pur, vibrant, qui vous transperce l'âme et revt les papilles. C'est une caresse en bouche dont on ne peut se lasser. La finale, comme souvent en Bourgogne, est plus terrienne, avec une mâche finement crayeuse et un fruit toujours très expressif. Certainement comme le Krug, il est encore un peu tôt pour profiter de tout le potentiel de ce vin, mais il offre déjà un énorme plaisir. L'accord avec le plat est un peu moins évident (du pigeon lui conviendrait probablement mieux) mais ce n'est pas bien grave.  

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Puis nous est servi un filet pur de boeuf, gratin de chou-fleur aux tomates concassées, pomme de terre en chemise et fromage blancs aux herbes, sauce réduite au Madère.

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Deux vins rouges accompagnent le plat. Sur le premier, j'étais plutôt parti à l'aveugle sur un Médoc, car son nez est marqué par le cassis et le cèdre, et la bouche  élancée affiche une tension assez stricte évoquant le Cabernet. Sa finale est intense et fougueuse. On pourrait résumer ce vin par la fameuse formule : "une main de fer dans un gant de velours".  En fait, on est sur la rive droite puisque c'est un Pomerol : Trotanoy 2001

Le deuxième est plus  sensuel, avec des notes de fruits noirs, de truffe, de tabac et de cacao, une bouche ronde, soyeuse, opulente, qui vous font tomber sous le charme. C'est vraiment le Pomerol dans toute sa splendeur. Et c'en est un : l'Eglise-Clinet 2001.

Merci Didier pour ce beau duo !

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Eh non, pas de fromage, et ce n'est plus mal, car nous n'avons plus très faim. Nous passons directement au dessert : un sabayon gratiné de fruits exotiques parfumés au cidre d'Aubel. Et une dernière bouteille amenée par Bernard.

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La robe est jaune paille, parsemée de fines bulles. Le nez évoque la poire bien mûre. La bouche est ronde, très rafraîchissante, avec des milliers de bulles qui crépitent délicatement. S'il y a du sucre résiduel, il est très discret. En tout cas, c'est bien agréable pour conclure  un tel repas. Un liquoreux serait sûrement moins bien passé. Il est plus d'une heure du matin (sic). Il est temps de rentrer se coucher. Dans quelques heures, je pars à Bruges, histoire d'en prendre plein les mirettes... 

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Commentaires sur On n'a pas tous les jours 50 ans

    Avec un peu de retard, tous mes voeux de bonheur pour le demi-siècle qui débute !

    Posté par Emma, 22 août 2017 à 20:10 | | Répondre
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