A boire et à manger

Quand deux passions se rejoignent pour n'en faire qu'une: la gastronomie

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11 mars 2012

Les vins du Mas de mon père : un hymne à la liberté !

 

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Je n'ai jamais rencontré Frédéric Palacios, je n'ai bu en tout et pour tout que trois de ses vins. Et pourtant, j'ai presque le sentiment de le connaître intimement, de partager totalement sa philosophie. Il est devenu en l'espace  de quelques verres, mon frère.

Première rencontre avec Partez pour le rêve 2009 (Merlot, Cabernet Franc et Cabernet Sauvignon). Pas forcément le vin le plus accessible, car c'est du lourd. Noir et opaque comme de l'encre. Par contre, le nez délivre  des notes explosives de fruits bien mûrs et d'épices. En bouche, la densité et le richesse de la matière sont impressionnantes, mais miracle, ce n'est pas lourd, ce n'est pas dur. Uniquement généreux. 

Un vin qu'on imagine parfaitement avec une cuisine du Sud-Ouest, toute aussi généreuse. Un confit de canard, par exemple. 

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Au moment où j'ouvrais ma bouteille de  M comme je suis 2010 (100 % Merlot), je m'attendais à retrouver un vin du même acabit. Il s'avère très différent. Le nez est plus vif qu'opulent, plus marqué par le fruit rouge que noir, avec une touche un peu lactique. La bouche est plus fluide, plus élancée, avec une matière fruitée, juteuse, et une grande fraîcheur soulignée par des notes salines et ferreuses (voui, encore cette maudite minéralité qui énerve certains...). C'est loin d'être un grand vin. C'est pas d'une complexité ahurissante.  Mais mon dieu, p... que c'est bon !!! Le prototype du vin jouissif !

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Troisième acte : l'insolite 2010 (100 % Malbec). Retour aux fruits noirs, avec une petite touche lactique, là aussi, mais aussi de la violette et des épices. La bouche est ronde, ample, avec une matière veloutée, charnue (ou charnelle ?) et toujours cette "jutosité" indécente. La finale est plus marquée par le calcaire, avec une mâche salivante, gourmande. Je me prends à rêver de faire une soirée Malbec avec ce vin, un Côte à Côte de Noëlla Morantin (découvert chez l'ami Chinbourg), 2-3 Cahors, et puis tant qu'à faire quelques argentins. Ce qui est certain, c'est qu'il n'arriverait pas à la dernière place, car son équilibre frôle la perfection, ce qui n'est pas évident avec ce cépage (sans parler que je découvre sur l'étiquette que le bébé pèse tout de même 14.5°).

Certains ont pu décrire une trame commune entre les différents vins de Frédéric Palacios, attribuée au terroir. Il est là, sans aucun doute, d'autant que Frédéric Palacios fait tout pour le mettre en valeur. Mais j'ai envie d'y voir avant tout une liberté totale, hors de tout carcan oenologique, et une générosité pas croyable. Ces vins, c'est de l'amour en bouteille !

Tout ça me fait penser à un article très récent d'une autre vigneronne qui a reçu il y a quelques jours un appel ému d'une personne qui a bu l'un de ses vins. Elle écrivait : "on touche là au but ultime de notre travail, donner un instant particulier à une personne que l’on ne connait pas mais qui va, à travers cette boisson magique qu’est le vin, ressentir un terroir, un travail, une  philosophie." Eh bien voilà, elle a a tout dit. Le plus drôle dans l'histoire, c'est que que la première personne qui m'a dit "il faut goûter les vins de Frédéric Palacios", c'est précisément cette vigneronne... Je t'embrasse, Corinne ! 

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Frédéric Palacios

LE MAS DE MON PERE 11290 ARZENS

Tél./Fax : 04.68.76.23.07 Portable : 06.83.48.12.73

lemasdemonpere@yahoo.fr




04 mars 2012

A (divinement) boire et à (très bien) manger

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Suite à ma matinée d'initiation aux sushis, j'ai partagé le repas avec mes hôtes. A l'heure du déjeuner est arrivé une vieille connaissance : Pierre, dit l'homme et demi, membre historique de LPV Haute-Normandie (il avait participé au premier repas en décembre 2005). Il est venu avec quelques bouteilles ... et sa compagne, Séverine

Pour démarrer le repas à la japonaise, Julie nous sert un bouillon dashi au miso blanc. Ce dernier apporte des saveurs plus douces qu'un miso classique. Il a donc fallu les compenser par un apport acide (balsamique, jus de
citron). L'équilibre s'est rétabli, et le résultat est top !

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En mise en  bouche, une petite verrine avec des crevettes épicées, des amandes grillées, un peu d'abricot sec, sur un fond de fromage blanc enrichi à la crème (on est en Normandie, que diable).

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Avec celle-ci, un premier vin pour démarrer : son nez sur l'agrume confit, la poire bien mûre et quelques notes terpéniques me fait partir sur un riesling. Pourtant, sa bouche charmeuse, fine et de belle ampleur, ne présente pas le côté acéré du cépage. Pas plus que la finale saline, salivante, entre amertume et très légère sucrosité. Ce joli vin qui m'a déjà piégé moultes fois est une Marestel 2008 de Dupasquier. Si on l'achète au domaine, ce vin est sûrement l'un des meilleurs rapports qualité/prix de France.

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Arrive ce qui est sûrement le plat du jour. Sa préparation est d'une simplicité biblique à condition d'avoir les ingrédients sous la main : noix de Saint-Jacques finement tranchées, jus de yuzu, pulpe de fruit de la passion et fine julienne de cédrat frais (qui apporte un croquant merveilleux). 

Deux vins très différents sont proposés pour l'accompagner.

043Le premier a un nez généreux, solaire, avec des notes de beurre noisette, de pomme chaude, de praliné. La bouche est ample, généreuse, avec toutefois une belle structure acide en filigrane qui lui évite de s'éparpiller. La finale est puissante, expressive et persistante. J'imagine bien un chardonnay sur Chassagne. C'en est un : Chassagne-Montrachet 1er cru "les vergers" de Philippe Colin. 

 

044Le deuxième a un nez plus vif, marqué par le zeste d'agrume et la pierre mouillée. La bouche est à la fois ronde et très tendue, intense aromatiquement,  très marquée par le pomelos rose, y compris dans la finale où l'on a l'impression de mordre dans la peau de l'agrume. Sauvignon, sans aucun doute. Après...  ? Un Pur sang 2007 de Didier Dagueneau. Ce "bébé" gagnera à être rebu dans une dizaine d'années. Il sera alors beaucoup plus complexe...

 

 

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Suivent quelques sashimis de saumon avec cette fameuse fine julienne de cédrat et une sauce ponzu, marquée par le yuzu (et j'aime ça !). Arriveront ensuite les différents sushis que nous avons préparés ce matin. Deux nouveaux vins blancs sont servis.

056Le premier a un nez très fin, sur le beurre juste fondu, le zeste de citron fraîchement découpé. La bouche est élancée, fraîche, avec un beau volume et un "gras" digeste. La finale gourmande sur l'agrume confit est d'une grande netteté. Un vin pur et élégant. Forcément un chardonnay bourguignon : un Puligny-Montrachet 1er cru "les Referts" 2009 de Bachelet-Monnot.


055Le deuxième a un nez plus marqué par la fumée et cette réduction grillée qui peut évoquer Coche-Dury. La bouche est vive, tendue, avec une matière riche d'une concentration impressionnante qui ne vous lâche pas jusqu'à la longue finale. Et une expressité, vindiou ! J'A-DORE ce vin, qui est une véritable bombe ! Le choc est d'apprendre que ce n'est "que" un Saint-Aubin "En Rémilly" 2008 de Pierre-Yves Colin-Morey. Chapeau bas !

Je ne peux m'empêcher de penser à une discussion récente sur le forum LPV où quelqu'un affirmait qu'il ne connaissait pas de chardonnay bourguignon pouvant égaler un jurassien. Il faut croire qu'il n'a pas bu de vin de ce producteur...

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 Nous goûtons ces fameux makis de thon surmontés de pulpe de mangue et de framboise : impec !

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Transition à la viande avec des brochettes de boeuf au fromage (ou l'inverse)

Ce qui permet de faire une transition vers les vins rouges....

Le premier a un nez gourmand sur la framboise fraîche et les épices. La bouche est ronde, pulpeuse, avec des tannins qui accrochent encore un peu en fin de bouche. Mais dans l'ensemble, c'est un vin bien agréable.

Le second a un nez plus dominé par l'élevage, sur le fruit surmûr, avec une pointe de volatile. La bouche est vive, tendue, avec des tannins parfaitement fondus et une finale épicée. 

Quand Pierre me dit que les deux vins sont des Bordeaux, je n'en crois pas mes papilles. Et lorsqu'il me dit que je connais le producteur du 1er et que j'ai le 2ème en cave, encore moins...

Le premier, c'est Cornélie 2009 (Médoc) de l'ami Patrick que j'ai vendangé en partie.  Le deuxième, c'est le Domaine de l'A 2005 (Cotes de Castillon de Stéphane Derenoncourt). Là, à mon avis, le bouchon a un souci, car ça ne ressemble pas du tout à cela : pas de surmaturité, et encore moins de volatile.

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 Durant la cuisson des brochettes au four, nous faisons un petit break en extérieur et allons visiter les chèvres de Matthieu et Julie. Elles sont vraiment attachantes, ces p'tites bêtes ;o)

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 Ken, le chéri de ces dames...

 

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Nan, c'est pas de la viande de chèvres...

Allez, encore deux rouges...

Le premier a un joli nez sur les fruits rouges frais (fraise, framboise) et les épices. La bouche est ronde, mûre, dans un registre assez léger, mais savoureux. Un vin bien fait. 

Le deuxième est sur les fruits beaucoup plus mûr, le chocolat, et là encore de la volatile (plus marquée que le vin précédent). Celle-ci apporte de la tension et de la fraîcheur au vin, avec tout de même ce côté "borderline". Plus, ce serait vraiment pô bon. Bref, je déteste pas, mais je ne suis pas trop fan non plus... 

Pour le premier, je n'ai aucune idée de l'origine. Et pour cause, c'est un Malbec argentin, Phébus 2007. Le deuxième, je subodore un vin de Barral. Et c'en est un : Valinières 2006 (vin de table ... pas vraiment surprenant).

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Nous passons ensuite aux fromages. Etant donné que Julie est notre grande pourvoyeuse en vieux comtés, Pierre et moi avons pensé tous les deux à amener des vins du Jura ;o)

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Je propose que l'on serve d'abord celui que j'ai apporté, car c'est un papy délicat. Je l'ai acheté le mois dernier dans une cave de Bergerac. C'est un Château Chalon 1973 produit par Hervé de Boichailles. Le nez est d'une grande finesse, sur des arômes de curry, de fruits secs grillés, voire de fleurs séchées. La bouche est d'une texture irréelle, arachnéenne, avec pourtant une grande intensité aromatique. C'est comme un voile de saveur qui se dépose sur le palais. La finale est loooooonngue. Vraiment super : je ne regrette pas mon emplette !

Puis viennent les deux p'tits jeunes amenés par Pierre.

Le premier est marqué par les épices chaudes, grillées. La bouche est pure, fraîche, élancée, toujours sur des notes grillées, avec une finale pas très puissante.

Le deuxième évoque la croûte de fromage (réduction ?) puis la pomme en s'aérant. La bouche est plus tonique, avec une acidité plus marquée. La finale est nettement plus longue, bien épicée.

Les deux vins proviennent de chez Macle. Ce qui peut paraître surprenant, c'est que le deuxième est un pur Chardonnay, alors que cette acidité marquée pourrait faire penser à un Savagnin (et vice-versa pour l'autre vin). Le premier, c'était un Côtes du Jura 2007, le deuxième, un Côtes du Jura 2006 (version Chardonnay).

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Je me ressers alors du Château Chalon précédent. Et je me rends compte que le papy, derrière sa structure éthérée, a une puissance hénaurme ! D' la dynamiitte !

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Last but not least, le dessert de Julie, à base de yuzu, of course. Léger, goûteux, pas trop sucré. Tout ce que j'aime. Quand elle m'a demandé d'apporter le vin pour l'accompagner, j'ai pensé de suite à un Riesling allemand. J'ai donc amené un Ürziger Würzgarten Auslese 1994** de Karl Erbes.

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Si l'aromatique terpénique (plus que gasoil) peut déranger les naseaux délicats – perso, j'aime beaucoup – la bouche est bien marquée par le citron confit, et est totalement raccord avec le plat. S'ajoutent aussi des arômes d'ananas, de fruit de la passion de mangue, et une touche de citronnelle. Et surtout une fraîcheur vivifiante, rare sur les liquoreux français. 

Il faisait nuit lorsque nous sommes sortis de table. Autant dire que je n'ai pas mangé en rentrant à la maison ;o)

Merci à Julie et Matthieu pour leur bel accueil

et à Pierre pour les vins apportés !


27 février 2012

Deux jours à Vinisud

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Avec ses 1600 exposants, Vinisud est une belle occasion de découvrir  en un seul lieu des vins et des vignerons très différents les uns des autres. Par contre, contrairement aux Salons des Vignerons Indépendants – où d'une part tous les stands sont identiques et d'autre part les régions joyeusement mélangées – il n'y a ici pas d'égalité de traitement : certains producteurs se partagent ici un stand d'un mètre de large, d'autres ont pour eux tout seul des stands dépassant les 100 m², avec un luxe inimaginable qui devrait poser question  à leurs acheteurs (pour se le payer, ils doivent se faire de sacrées marges sur leur dos).

En tant que cavistes, nous n'avons pas fréquenté ce genre de stands, étant plutôt à la recherche de la petite perle rare pas trop chère. Mon boss avait planifié un programme très précis alternant les vignerons qui fournissent déjà notre cave (histoire de découvrir leurs derniers millésimes et d'entretenir le contact) et des découvertes dénichées par recoupement d'informations diverses (guides, internet, salons précédents...)

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Dans le cas du château des Estanilles, c'est le premier cas. Nous travaillons avec ce domaine depuis plusieurs années. Si ce n'est qu'il a été racheté en 2009 par Julien Seydoux, et que le style a profondément changé. Les blancs ne voient plus le bois, les rosés se sont allégés, et les rouges ont gagné en finesse et précision. Sur le premier millésime, Julien Seydoux n'avait produit qu'une seule cuvée de rouge. En 2010, il y en a pas moins de quatre, avec chacune leur personnalité (L'impertinent, Inverso, Le clos du fou et Raison d'être). J'avoue avoir un faible pour Le Clos du fou, une superbe expression de la Syrah poussant sur les schistes de Faugères. Mais honnêtement, le reste est d'un très bon niveau.

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Au chapitre "découvertes", nous avons déniché en faisant une dégustation syndicale de la très récente appellation Grignan les Adhémar (en remplacement des Coteaux du Tricastin) la cuvée Vieilles vignes du domaine Bonetto-Fabrol. Il se trouve que le producteur était dans les parages. Il a pu nous faire déguster le reste de sa gamme. Eh bien, tout est vraiment tip top. Y a pas, Philippe Fabrol a vraiment la "main rouge" (cherchez pas, je viens de l'inventer : c'est l'équivalent de la "main verte" pour le vin). 

A quelques stands de là, nous avons aussi beaucoup aimé les Crozes Hermitage de la cave Fayolle Fils & Fille. Mais aussi toute la gamme du château de Saint-Cosme (Gigondas ... mais pas que. Une Côte Rôtie magnifique, entre autres).

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Une autre personne qui a la "main rouge", c'est Vincent Feuillade du domaine Mirabel. Avec son frère Samuel, ils élaborent en Pic-Saint-Loup des vins d'une délicatesse rare. Si leur grande cuvée Les Eclats dégage une plus grande puissance, sa texture veloutée n'en est pas moins superbe. J'adore !

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Autre découverte épatante : les vins de la Réserve d'O, concoctée par Marie Chauffray (une Vinifille). Que ce soit son rouge SANSSOO (comprendre "sans SO2" ) sa Réserve d'O ou son Hissez O, tout est d'une finesse incroyable, avec une expression de fruit PUR, mais aussi florale. Après les avoir dégustés le dimanche soir, nous les avons regoûtés le lundi soir, la même impression perdure : ces vins dégagent vraiment une émotion rare !

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Côté Roussillon, j'ai beaucoup aimé les vins produits par Dimitri Glipa du Mas Mudigliza. Si ses Côtes du Roussillon n'ont pas le sucre de son Maury, leur texture est toute aussi veloutée. Une vraie caresse pour le palais. 

Quelques mètres plus loin, les Banyuls de Coume del Mas m'ont également impressionné par leur qualité (ainsi qu'un superbe Banyuls Blanc du Mas Christine ).

Autant dire que j'ai beaucoup aimé ces deux jours à Vinisud, même si c'est trèèèèèès frustrant de passer à toute vitesse devant des stands où l'on aimerait bien s'arrêter...


05 février 2012

Visite à Tertre Roteboeuf

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Tertre-Roteboeuf est probablement l'un des domaines les plus mystérieux de Saint-Emilion. Même si son nom est connue de tous les amateurs, peu de personnes ont dégusté son vin, et encore moins visité le domaine. Notre projet de livre sur Saint-Emilion nous en a donné l'occasion. En arrivant à la propriété, nous ne savons pas trop quel accueil nous serait réservé, François Mitjaville ayant une réputation d'original. Nous sommes vite rassurés : dès les premières secondes de contact, l'homme s'avéra expansif, nous expliquant longuement pourquoi il avait choisi ce curieux mode de taille plutôt que la "traditionnelle" Guyot.

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Pour lui, cette dernière a été préconisée par le Dr Guyot au moment où la vigne subissait les violentes attaques du Phylloxera (fin XIXème). Pour pouvoir maintenir le niveau de rendement, il fallait "tirer" sur la vigne au maximum, et la taille Guyot répondait bien à cette attente. Mais maintenant que la menace a disparu, elle n'a plus lieu d'être.

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Il a donc repris à son compte une taille véritablement traditionnelle rappellant le Cordon de Royat,  avec six cots de deux yeux régulièrement répartis pour éviter l'entassement de la vendange. Elle permet aussi une moindre vigueur du pied. En supprimant tous les bourgeons indésirables au printemps, il n'y a pas besoin de revenir en été dans la parcelle pour une vendange en vert.

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Avant de pénétrer dans la maison pour un long entretien, je ne peux m'empêcher de l'interroger sur cet étonnant toit qui descend jusqu'au sol. C'est en fait la seule retouche qu'il s'est permise de faire sur la bâtiment afin d'avoir un chai plus fonctionnel (on voit nettement sur la photo ci-dessus la frontière entre le bâtiment originel et le "rajout" ). Mais sinon, il estime que les Anciens avaient fait un travail aux proportions parfaites qu'il ne faut surtout pas modifier : " il ne faut pas jouer au plus malin, car vous bousillez tout ". La seule photo disponible sur le site du domaine est très parlante grâce à sa vue aérienne :

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Installés dans le salon, nous démarrons une longue discussion sur son histoire personnelle, sa vision du vin, des appellations, de la standardisation et de l'originalité, etc... L'homme est passionnant et intarissable, curieux et cultivé, ce qui donne un récit foisonnant, riche, qui dieu merci est entièrement enregistré car il aurait été impossible de tout retenir. 

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Notre livre consacrera 6 pages à cet entretien : elles ne contiendront que la quintessence de celui-ci, car nous aurions pu en faire presque le double. Ce fut vraiment douloureux de mettre certains passages aux oubliettes (nous les publierons probablement dans notre making-of du livre, un peu dans l'esprit ce que nous avions fait avec le précédent). Voici déjà quelques extraits...

Sur ses débuts 

" Avant d'arriver ici, j'étais dans une entreprise, et mes patrons me considéraient comme un nullard. J'ai repris cette propriété familiale en déshérence pour une raison très simple : je vais mener tout seul ma barque et personne ne pourra m'emmerder. On ne me jugera plus. Au départ, je n'avais pas l'intention de faire un grand vin. J'aspirais simplement à une vie heureuse, avoir une propriété qui tourne, et surtout ne pas être jugé. Il se trouve que cette propriété commandait de faire un grand vin, parce que le cru et la qualité étaient là ".

Sur les appellations d'origine 

" Les appellations d'origine ont été profondément réfléchies par les penseurs français au début du siècle dernier, avec l'idée de valoriser l'originalité des saveurs du cru – là ou croît la vigne – avec l'expression du millésime. C'est pour cela que je ne fais jamais de sélection ni de second vin. Parce que sur un bon terroir, vous n'avez jamais besoin de faire de sélection, mais aussi parce que je tiens à mettre en valeur l'expression du fruit qui ne mûrit jamais de la même manière selon les millésimes ".

Sur le Merlot et le Cabernet Sauvignon

" J'avoue avoir un point de vue partisan tellement j'ai été habitué à travailler des Merlot toute ma vie. Il faut dire que nos terroirs lui offre une des plus belles expression au monde. Alors que j'ai tendance à penser que même dans les meilleures conditions possibles, le Cabernet-Sauvignon peut certes avoir de la sève – de la race diraient certains – mais manquera toujours de fruit. Alors que le Merlot, c'est du fruit. Parfois, je fais goûter à certains dégustateurs toutes les cuves de Roc de Cambes en cours de vinification : beaucoup préfèrent les cuves de Cabernet-Sauvignon. Personnellement, pour être honnête, elles me dérangent un peu : elles manquent de gras, d'ampleur, de charnu, de fruit... ".

Sur les "petits" et les "grands" millésimes

" Dans les grands crus comme ici, les grands millésimes ne comptent pas : on s'en fout ! Les années les plus intéressantes sont probablement les plus difficiles climatiquement, comme 1992, par exemple. On obtient des saveurs plus élégantes, un peu décadentes.. Les années « bêtes de soleil », où le négoce va bâtir une réputation de grand vin parce ce que tout le monde réussit, ne sont pas forcément les plus captivantes. Ce que j'aime ici, c'est la diversité des millésimes, tous excitants. Ce sont des crus qui sautent par dessus le handicap du climat, le tournent et le transforment en caractère du millésime ".

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Nous sommes allés ensuite voir les vignes du coteau de Roteboeuf, exposées Sud-Sud Est, sur un sol argilo-calcaire convenant idéalement au Merlot. Sur la partie la plus chaude du secteur, le Cabernet-Franc s'est fait une petite place. L'ensemble des vignes sont enherbées. Peut-être une erreur durant le printemps 2011, estime François Mitjaville, où régna la pire sécheresse  depuis 60 ans. Les vignes ont souffert de cette concurrence.

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Pour conclure la visite, nous sommes allés dans le chai à barriques, agréablement chaud (16°). Le but de cette température élevée en hiver est de faire "travailler" le vin afin qu'il évolue le plus possible durant son élevage, le "faire vérer". C'est l'une des caractéristiques des vins signés Mitjaville. Mais il y en a quelques autres :

- l'intégralité de ce qui est vendangé part dans le 1er (et unique) vin

- les barriques proviennent toutes du même tonnelier (série "Blend" de Radoux) et contiennent toutes le même vin au départ

- le  vin de presse est réintégré intégralement au vin de goutte juste après le pressurage

- une homogénéisation des barriques est pratiquée en cuve à chaque soutirage

Autant de pratiques plutôt atypiques dans le paysage bordelais actuel, et qui permettent d'obtenir des vins plus rapidement à maturité et qui selon leur géniteur ne connaissent pas de périodes de fermeture. Ce qui ne veut pas dire qu'ils tiennent moins dans le temps. 

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Nous avons dégusté successivement le 2011, puis le 2010. Le premier est encore très jeune, mais présente déjà un profil civilisé au fruité intense. Le 2010 est déjà un très beau vin fin, frais, complexe que la plupart des maîtres de chai rêveraient d'embouteille. Pour François Mitjaville, c'est beaucoup trop tôt : "moi, je vais le pousser jusqu'à ce qu'il commence à entamer la complexification et la dégradation des saveurs. Vous commencerez tout doucement à virer vers l'oxydatif tout en étant enrcore sur le fruit, et là, vous le sortez des barriques ".

Le Roc de Cambes 2009 ouvert ensuite est une belle illustration de la "méthode Mitjaville". Le nez a la complexité d'un vin que Parker qualifierait de early matured (en début de phase de maturité). Normalement, on obtient ce type de vin au bout d'une dizaine d'années de bouteilles et une longue période de fermeture. Là, il vient tout juste d'être mis sur le marché et offre déjà beaucoup de plaisir. Le boisé et les tannins sont totalement fondus, la bouche est d'une grande finesse, difficile à situer dans le paysage Bordelais actuel. Comme le souligne François Mitjaville, il y a peu de chance que ce vin connaisse une période de fermeture. 

Pour conclure, nous dégustons un Tertre Roteboeuf 2006. Un vin mal compris par la critique, car semblant manquer de profondeur et de concentration. Pour son vinificateur, c'est dû à un pH élevé (3.88). Il suffit d'ajouter une goutte d'acide tartrique, et il reprendrait de suite des couleurs. Au nez comme en bouche, on ne peut s'empêcher de penser à un Bourgogne de très belle origine, que ce soit par ses notes florales ou son toucher de bouche soyeux à la limite de l'évanescence. Mais l'air de rien, il y a derrière une sacrée matière. Et comme tous les vins précédents, il n'y a aucun durcissement en finale. La grande classe !

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Il fait nuit lorsque nous repartons, un peu secoués par l'intensité de cette rencontre. Depuis le début de nos balades en terre bordelaise (2006) jamais nous n'avions vécu de telles émotions, avec cette sensation de partage total – alors que nous étions pour lui des inconnus. Si la qualité si particulière de ses vins ont fait de Tertre Roteboeuf un cru respecté, on ne peut douter que l'homme qui les a enfantés n'est pas étranger à leur succès. 


30 janvier 2012

Z'ont la niaque à Lestignac !

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Cela doit faire environ un an que je suis avec intérêt le blog de Mathias Marquet. Le ton employé sur celui-ci change pour le moins de l'ordinaire, tout comme ses commentaires qu'il laissent ici et là dans la bloglouglousphère. Mon retour passager en Dordogne était donc l'occasion de rencontrer ce jeune vigneron, mais aussi de découvrir ses vins.

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Surprise : nous nous sommes déjà rencontrés auparavant, en fait. Mathias faisait partie de la même promotion de BTS viti-oeno que Laure Colombo. Et nous avions été invités tous les deux à une p'tite sôôôt'rie organisée par ses parents et Marie-Laure Lurton. Nous nous sommes d'ailleurs aperçus qu'elle avait employé le même subterfuge pour nous faire venir (genre soirée grillade entre potes, alors que c'était un dîner plutôt chicosse).

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Par ailleurs, nous avons de la chance. Dans une semaine plutôt morose climatiquement, il y a un beau ciel bleu, ce qui permet de se balader dans les vignes et de faire le tour des différentes parcelles. Ce qui surprend le plus, ce sont les variétés des sols, plus ou moins argileux ou limoneux, parfois avec du calcaire, parfois des silex. 

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Ceux-ci réagissent d'ailleurs plus ou moins rapidement à la biodynamie pratiquée aujourd'hui sur le domaine. Certains ont une très belle texture (cf photo ci-dessus) d'autres vont encore demander du temps et du travail pour atteindre l'harmonie.

Des parcelles de vignes ont été arrachées et vont être replantées après une longue période de repos. Certaines avec des cépages surprenant pour la région comme le chenin ... ou le grenache noir ! Ce sera aussi l'occasion d'augmenter la densité de plantation, car vous aurez remarqué que les rangs de vignes sont très larges dans ce secteur du Bergeracois.

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En tout, il y a treize hectares de vignes. Suffisant pour donner de l'occupation aux trois personnes qui travaillent sur le domaine : Jean-Marie, Mathias et sa compagne Camille (qui se forme à son tour en alternance à Blanquefort). Au début de l'exploitation en 2008, la moitié de la production était vendue au négoce, histoire d'avoir de la trésorerie. Aujourd'hui, la part est beaucoup plus faible, signe que les bouteilles se vendent plutôt bien. 

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Si le bâtiment viticole a un beau potentiel architectural, celui-ci n'est pas encore prêt pour accueillir les cars de touristes. Il y a tout ce qu'il faut pour faire du bon vin (dont un superble pressoir pneumatique) , mais pas de quoi faire rêver monsieur Toulemonde, habitué à voir des jolis chais à la télé. 

Les techniques de vinification peuvent paraître désarmantes de simplicité. Il n'y a ni pigeage, ni remontage pour extraire. Uniquement des très longues macérations avec seulement un "mouillage du chapeau". Evidemment aucune levure exogène. Et du soufre ajouté a minima à la mise si nécessaire (le moins souvent possible).

J'ai pu déguster les blancs 2011 en cuve, qui présentaient de la netteté et de la fraîcheur. Et différents lots de rouges 2010 en barrique. Ils étaient servis à "basse température", mais cela ne les a pas desservis, bien au contraire : cela renforçait leur "minéralité". Les deux lots rebus le lendemain à une température plus conventionnelle avait un boisé plus ostentatoire (qui ressortait très peu la veille).

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Puis, dans la vaste cuisine/salle à manger, nous avons fait "dînette" avec du bon pain, du beurre, de la truffe et des tomates confites, quelques tranches de saucisson. Bref un casse-croûte très sympa durant lequel j'ai pu goûter les rouges déjà en bouteilles. 

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Y a pas, fallait oser : Camille et Mathias l'ont fait. Eyeswinechut is born. Cela vaut le coup de lire l'intégralité de l'étiquette, car vous pourrez ainsi commencer ou finir la journée avec le sourire. "Pas de chichi ni de blabla mais que du glouglou". Le vin tient les promesses de l'étiquette. Le nez est très fruité après une bonne aération ; la bouche, par le gaz carbonique qu'elle contient, peut déconcerter. Je ne suis pas un grand amateur de "vin nature", mais je ne peux que remarquer que celui-ci a une belle pureté de fruit, ce qui est loin d'être toujours le cas. Et puis une grosse buvabilité, le "perlant" donnant l'impression que les 13.5°  du vin ne font plus que 11°... Reste que si ce vin peut beaucoup plaire aux amateur du genre, il risque de laisser de marbre ceux qui préfèrent les vins plus classiques (ça s'est vérifié le lendemain lorsque je l'ai fait déguster à des amis). Ceci dit, Mathias ne tire pas de fierté particulière à produire cette cuvée, un "vin de trésorerie", comme il l'appelle (7 €)

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Là aussi, il fallait oser l'étiquette, mais aussi le nom assez hermetique de la cuvée. Cabwerant, ça pourrait évoquer le Cab' Sauvignon ou le Cab' Franc. Eh bien non, c'est tout simplement une contraction de Cabot Errant (le chien de la propriété a disparu durant les vendanges, ou les vinifs, je sais plus...). Et c'est un 100 % Merlot, ce qui avait stupéfié l'ami Olif qui l'a beaucoup apprécié. Perso, j'ai trouvé cela agréable, bien fait, mais manquant un peu de relief et de complexité (mais là aussi, d'une belle pureté de fruit, sans aucune déviation "naturiste" ce qui est un très bon point en ce qui me concerne)

l-ancestral-2010-chateau-lestignacJ'ai nettement préféré l'Ancestral 2010, assemblage de Merlot et Cabernet Franc (et apparemment un peu d'Alicante Bouchet, cépage teinturier languedocien) ,au nez épicé, à la bouche fraîche et tonique et aux tannins veloutés. Un très bel équilibre général (12 €)

Pour finir, De terre et d'esprit 2010 (pas encore assemblé ni mis en bouteille) a tout pour me plaire : complexité aromatique, ampleur, fraîcheur, matière charnue, gourmande, avec une belle persistance. Bref,  un vin de très bon niveau qui montre le talent du vigneron, et laisse penser qu'il devrait faire partie des tous grands du Bergeracois dans les années à venir.

Mathias m'a donné deux échantillons de blancs car nous n'avons dégusté que les rouges à table. Elles ont été bues le soir-même chez un ami. 

abeillesLes Abeilles des Collinettes 2010  (100 % sauvignon) a un nez de fruits blancs mûrs, de miel. La bouche a une belle rondeur, mais aussi de la fraîcheur à revendre. La final se conclut par des amers rappelant l'écorce de pamplemousse. Un vin d'une grande buvabilité qui se boit avec beaucoup de plaisir (8.90 €)

Solelhas (65 % Muscadelle, 35 % Sauvignon) : nez confit, intense, assez envoûtant, me rappelant l'Acacia du Jonc Blanc, pour ceux qui connaissent. Bouche ample, mûre, avec une belle tension qui ne vous lâche plus jusqu'à la finale des plus expressives. Un très joli vin ! (12 €)

Bon, vous l'aurez compris : il y a un véritable fond derrière le talent de communicateur de Mathias. Le gars sait causer, mais il sait aussi faire du vin (il faut dire qu'il a fait son BTS en alternance au Clos Puy Arnaud, ça aide...). Lestignac deviendra sans nul doute une étape incontournable pour tout amateur des vins du Sud-Ouest. Mais laissez-leur encore un peu de temps pour terminer les travaux de rénovation ;o)

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Chateau Lestignac, 4 route de Sigoules 24240 SIGOULES Tel: 05 47 77 92 13  chateaulestignac@gmail.com 




23 décembre 2011

Champagne : lequel choisir ?

PB291950Rien ne ressemble moins à un champagne qu'un autre champagne. Ils ne sont donc pas interchangeables. Certains seront parfaits pour l'apéritif alors que d'autres peuvent accompagner un repas. Comment s'y retrouver dans une offre plus que compliquée? Essayons d'éclairer un peu les choses...

Brut ou extra-brut?

La différence entre les deux provient de l'ajout - ou non - d'une "liqueur d'expédition" juste après le dégorgement. Pour comprendre en quoi, ça consiste, voir ICI.

Si vous n'êtes pas un habitué des bulles, ou aimez les vins plutôt "glissants", je ne saurais que trop vous conseiller de prendre le Brut. D'autant que l'extra-brut ne peut souffrir la médiocrité. S'il vient d'un très bon producteur, vous pourrez vous régaler. Sinon, c'est le pire des breuvages, car ses défauts ne seront pas masqués par le sucre. Ca va donc être très acide ... et imbuvable!

Mon expérience personnelle m'a montré qu'un extra-brut s'améliorait dans le temps (s'il est de bonne qualité au départ, évidemment). Si vous en débouchez un au débotté, ouvrez-le un peu en avance tout en le laissant au frigo, voire même carafez-le avant de le servir. Il perdra un peu de bulles, mais il sera beaucoup plus avenant et complexe.  Cette opération n'est pas indispensable pour le Brut, et peut certainement même lui être nuisible (on percevra trop le sucre ajouté...).

Pour les amateurs de sensation forte (et de pureté), il existe des champagnes non dosés. Vous pouvez en trouver par exemple chez Tarlant (Brut Zéro), Boulard (Brut Nature), Lahaye, Franck Pascal, Fleury, Drappier... Après avoir taté de ce genre de champagne, vous aurez du mal à retourner à l'ordinaire...

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Blanc de blancs, Blanc de noir(s) ou ni l'un ni l'autre?

Un blanc de blancs est issu uniquement du cépage chardonnay (celui dont on fait les bourgognes blancs). Selon la maturité du raisin cueilli, la durée de son élevage, son vieillissement, etc... S'il est plutôt jeune (majoritairement le cas), c'est plutôt un champagne d'apéritif qui pourra déborder sans problème sur les huîtres. Il sera plutôt léger, vif, avec un côté "floral" et des arômes de pomme et de noisette fraîche. Je vous conseille dans cette catégorie les vins de chez Gimonnet, Larmandier Bernier ou Henriot.

Après, en fonction du terroir et de la concentration, le même cépage peut donner des vins assez différents. Pour comprendre cela, je vous renvoie à la dégustation des 2000 de la maison Agrapart. Si la cuvée "7 crus" conviendra aux huîtres, l'Avizoise ou Vénus sont des vins de gastronomie et peuvent remplacer des Puligny ou des Meursault sans blêmir.

Plus âgé, il doit plus être considéré comme un Bourgogne blanc évolué. Il accompagne alors à merveille homard, poissons de rivière, blanquettes, voire certains fromages. Dans le genre, j'ai bu il y a peu un Salon 1997 qui était absolument sublime, mais c'est un peu hors-budget pour la plupart d'entre nous. On peut encore trouver du Chouilly 96 de Nicolas Feuillatte à un prix  beaucoup plus abordable!

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Le blanc de noir(s) est issu comme son nom l'indique de raisins noirs. Soit du pinot noir, soit du pinot meunier, soit des deux.

Le "pur pinot meunier" est assez rare, mais existe (Béguines de  Jérome Prévost, Vigne d'Or de Tarlant). Cela donne un vin d'une expressivité intense, qui peut dérouter le béotien.

Le "pur pinot noir" a souvent une rondeur, une vinosité qui le distingue de ses confrères. Sa gamme aromatique me fait un peu penser à celle de son frère le pinot gris. Il peut donc être utilisé pour les mêmes accords : jambon cru, foie gras, pintade, chaource, voire dessert (tatin?). N'hésitez pas à conserver les bouteilles quelques années:  il va s'arrondir et devenir de plus en plus épicé.

Les maisons recommandables : Egly-Ouriet, Gonet-Médeville, Rodez, Dauvergne...

Quand ce n'est pas indiqué, c'est que c'est un assemblage! Un producteur qui se respecte indiquera les proportions des différents cépages sur la bouteille ou l'emballage. C'est tout de même pratique pour faire son choix. En fonction de l'importance de tel ou tel cépage, leur personnalité sera assez différente.

Dans de que j'ai pu boire, je préfère les champagnes à dominante pinot noir : Bollinger, R de Ruinart, mais surtout Beaufort, que j'adore (ça rime, en plus)!

 

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Millésimé ou pas?

La Champagne est l'une des seules appellations où l'on peut allègrement mélanger autant de millésimes que l'on veut sans avoir de compte à rendre à quiconque. Cet assemblage savant permet d'année en année d'obtenir un champagne qui a le "style maison", comme l'on dit.

Les millésimés ne se font que les années qui en valent la peine. Vous êtes donc sûr d'avoir un bon champagne. Avec un style propre à chaque année. Ainsi, le 2003 se démarque des autres dans un style plus mûr et moins acide. Si l'on remonte un peu dans le temps, je ne peux que vous conseiller le 98 , le 97, le 95 ou le 90. Pour l'heure, les 96 méritent encore d'être attendu, car ils ont encore un profil austère (mais une matière prometteuse).

Excepté le MMI de Francis, le 2001 est plutôt à éviter. Le 2000 est assez inégal. On commence à voir de plus en plus de 2002 (Bollinger, Jacquesson, Dom Pérignon...) qui s'avère un millésime de très haut niveau.

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Rosé?

Pourquoi pas? J'ai goûté il y a peu le rosé de Bollinger, et j'ai été agréablement surpris par ses notes épicées. Il serait sûrement parfait sur une cuisine exotique (gambas un peu relevées, par exemple). Dans un autre style, celui de Vouette et Sorbée mérite d'être goûté (fruit très intense et peu de bulles).

Le rosé de chez Boulard m'avait également beaucoup plu par sa vinosité et son fruité. Vous le trouverez ICI.

Pour finir, un petit lien tout à fait approprié envoyé par Malou :o)


23 novembre 2011

Humilité, j'écris ton nom !

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S'il y a bien une qualité que doit posséder un dégustateur, c'est l'humilité. Car dès qu'il est en situation de boire un vin à l'aveugle, il a une forte chance de se planter. Ainsi, dimanche dernier, j'ai participé à un petit concours entre amateurs de vins. Aucun enjeu à la clé, si ce n'est de passer un bon moment ensemble et de juger des bouteilles pour la qualité de leur contenu, et non de leur pedigree. 

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Nous étions 6 équipes de deux personnes. Un tirage au sort a lié mon sort à celui d'Olivier, qui comme moi est un professionnel du vin (agent commercial, avec une spécialisation certaine pour la Loire). Le concours consiste à deviner la région, l'appellation, le cépage dominant et le millésime des 13 vins présentés. Et de répondre à 12 questions qui sont posées entre chaque dégustation.

Vin 1 : robe jaune pâle. Nez bien mûr, sur la pêche, l'amande. Bouche fraîche, gourmande, désaltérante, avec un léger perlant. Pas très long, mais sympa.

Nous tentons un Alsace, Pinot Blanc, 2010. Enfin surtout moi. Car il me rappelle ces pichets qui m'étaient servis dans les Winstub alsaciennes avec la Flammküche.

Ben c'est pas vraiment ça... Heureusement que nous avions mis 2010 : ça nous rapporte 1 point. C'est bien le seul, car pour le reste, nous avons tout faux. C'est un vinho verde de la Quinta de Gomaritz.

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Question 1 : localisez l'acide, le sucré, le salé et l'amer sur le schéma d'une langue (1 point par bonne réponse) :

Comme beaucoup, nous avons bon pour le sucré au bout de la langue, et l'amer à l'autre extrémité, mais nous nous mélangeons les pédales pour l'acide et le salé. Nous marquons 2 points.

Vin 2 : robe légèrement dorée, avec une certaine viscosité. Nez sur la poire confite, le miel. Bouche ample mais retombant assez vite, manquant de vivacité mais pas d'alcool. La finale est courte et chaude. Bof.

Le côté alcooleux nous fait partir sur un Roussillon, VDP des Cotes Catalanes, Grenache, 2009

Raté : c'est un Chignin Bergeron 2010 d'André et Michel Quénard (100 % roussanne, donc). C'est vraiment pas un modèle du genre : j'en ai bu de nettement meilleurs !!!

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Question 2 (5 points sur l’ordre complet, 0 si incorrect) :classez les grands crus de la côte de Nuits du plus petit au plus grand entre: Grands-Echézeaux, Ruchottes Chambertin, Clos des Lambrays, Bonnes Mares , Clos de Tart.

Alors là, on nage total. On aurait peut-être peu en donner un ou deux de bons. Mais comme l'ordre doit être exact, c'est mission impossible... Nous marquons 0 point

Réponse : Ruchottes-Chambertin (2,86 ha), Clos de Tart (7,53), Clos des Lambrays (8,4), Grands-Echezeaux (9,25) et Bonnes-Mares (14,95).

Vin 3 : robe or pâle. Nez légèrement beurré/grillé, avec des notes de caillou humide. Bouche ronde, fraîche, avec une acidité tranchante, et une finale à la "mâche calcaire".

Là, pas de doute, on est dans l'Auxerrois. On écrit donc : Bourgogne, Chablis, Chardonnay, 2009.

On est bien dans l'Auxerrois, mais c'est un Sauvignon de Saint-Bris 2008 100 % Fié Gris (= Sauvignon Gris) "Corps de Garde" de Goisot. Ici, l'on se rend tout de même compte que le terroir l'emporte sur le cépage, car ça ne faisait pas du tout Sauvignon...

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Question 3 : Où sommes-nous ? (3 points pour la région, 3 points de bonus si le lieu exact est trouvé)

Le château ci-dessus me rappelait le château d'Andlau que je voyais quasi quotidiennement lorsque j'étais en Alsace. Allez on tente, on sait jamais. Et c'est bien le château d'Andlau, vu du Kirchberg de Barr. Nous marquons 6 points.

Vin 4 : robe dorée. Nez intense sur des notes de cire et d'encaustique, mais aussi d'agrumes confits. Très Riesling, quoi. Des notes d'évolution me font penser qu'il a pas mal de bouteille. Allons-y pour 1999, par ex.

Tout faux : c'est une Marestel 2007 de Dupasquier. A chaque fois, je me fais avoir .... (voir ICI par ex).

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Question 4 : Citez deux communes pouvant prétendre à l'AOC Crozes–Hermitage (3 points par commune)

Alors là, la colle ! Nous marquons Tain l'Hermitage et Mauves. Le premier est bon, pas  le deuxième (ils font du Saint-Joseph, à Mauves). Nous marquons 3 points.

Réponses : Beaumont-Monteux , Chanos-Curson, Crozes-Hermitage, Erôme, Gervans, Larnage, Mercurol, La Roche de Glun, Pont de l’Isère, Serves sur Rhône et Tain l’Hermitage

Nous passons aux vins rouges

Vin 5 : robe évoluée trahissant un âge certain. Nez évoquant le vieux cuir, le sous-bois, et les fruits compotés. La bouche est fine, élégante, avec une belle tension, et une finale assez longue, sans dureté. Très joli.

Mon partner, Olivier, pense que c'est un pinot noir (Volnay, par ex). Je suis nettement moins sûr que lui, imaginant même un cabernet.  Mais il a vraiment l'air sûr. Je cède. Nous écrivons donc :

Bourgogne, Volnay, Pinot Noir, 1999.

Pas de bol : Château Talbot 1988 (Saint-Julien). Bigre. Je l'ai déjà bu dans ce millésime, en plus ! Je me ressersun fond de bouteille : avec l'aération, le cassis et le cèdre ont fait leur apparition. Je l'aurais goûté ainsi tout à l'heure, j'aurais pu mieux défendre mon point de vue. C'est la vie....

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Gildas, organisateur et Master of Ceremony

Parmi les appellations du sud-ouest suivantes, citez au moins deux cépages qui entrent dans leur composition (1 point par bonne réponse) : Irouleguy blanc, Côtes de Duras blanc, Cahors, Pacherenc du Vic Bilh, Buzet rosé, Côtes de St Mont blanc.

A part un plantage à Saint-Mont, nous avons bon pon pour le reste. Nous marquons 5 points.

Réponse :

Irouleguy blanc : Courbu, Gros et Petit Manseng

Côtes de Duras blanc : Sauvignon, Sémillon, Ugni blanc, Muscadelle, Mauzac, Odenc, Chenin

Cahors : Auxerrois, Malbec ou Côt, Merlot, Tannat, Jurançon noir

Pacherenc du Vic Bilh : Arrufiat, Gros et Petit Manseng, Courbu, Sauvignon et Sémillon

Buzet rosé : Merlot, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon

Côtes de St Mont blanc : Clairette, Arrufiac, Courbu, Gros et Petit Manseng

Vin 6 : robe sombre. Nez sur les fruits noirs, avec une touche étonnante de résine. Bouche ronde, fraîche, avec une acidité qui prend vite le dessus, à en devenir crissante, et vraiment pas agréable. Au secours !...

Allez, on va dire que c'est un Loire dans une année pas trop mûre. 2008, par ex.

C'est bien un Loire, mais dans une année bien mûre : 2005 (!!!). Un pinot noir de Vendée pour être précis : Plante Gâte du Domaine Saint-Nicolas. Nous marquons 3 points.

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Question 6 : Rendez à ces domaines leur appellation (1 point par bonne réponse) :

1 - Domaine Bitouzet-Prieur 2- Dominio del Pingus 3 - Domaine du Mortier  4 - Domaine Serge Laloue 5 - Clos Martinet  6 - Domaine de Trévallon rouge

Je sais pour le 1, 2, 3 et 5. Olivier connaît le 4. Et nous nous plantons pour le 6. Cela nous fait 5 points.

Réponses : 1 - Meursault 2 - Ribeira del Duero 3 - St Nicolas de Bourgueil 4 - Sancerre  5 - Priorat 6 -VDP des Bouches du Rhône

Vin 7 : jolie robe grenat, brillante. Nez très typé syrah rhodanienne, sur la violette, le viandox, le poivre. Bouche d'une fraîcheur et d'une élégance enthousiasmante. J'adore ! Finale au niveau, longue et épicée. Vraiment un très beau vin !

Bon, là, pas de doute, on est en Rhône. Après... Je pars sur Crozes, Olivier sur Saint-Joseph. Je marque tout de même Crozes sur la feuille. J'aurais dû marquer le second : c'est un Saint-Joseph 2001 de JL Chave. On reconnaît la patte des grands même dans leurs "petits" vins !...

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Question 7 : Citez 10 AOC d'Anjou et de Saumur différentes (10 : 5 points. De 5 à 9 : 2 points. < à 5 : 0)

On en trouve 10. On marque 5 points.

Vin 8 : belle robe pourpre. Nez très expressif, sur le fruit noir bien mûr, quelques épices. La bouche est ronde, mûre, dense et veloutée, avec une belle fraîcheur. Un vin très bien fait !

Nous partons sur Sud Ouest, Bergerac, avec le merlot en dominante, sur le millésime 2008 (pour cette alliance de la fraîcheur et de la maturité). C'est bien une dominante Merlot, bien de 2008 ... mais c'est un Côtes de Duras : château Mauro-Guicheney. Nous grapillons donc tout de même 6 points.

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Question 8 : Trouvez cette appellation célèbre (3 points). Je suis une appellation française septentrionale, d’une surface presque égale aux Côtes du Roussillon-villages. Ses terroirs divers reposent sur des sols d’argile sableuse, de gravier, de galet et de sable. Coincée entre une rivière et un fleuve, l’appellation produit majoritairement des rouges qui dans leur jeunesse s’expriment avec gourmandise et souplesse sur une aromatique de fruits à noyaux. En rouge toujours, je suis quasiment mono-cépage. La ville qui porte le même nom que mon appellation vit naître Muriel Moreno (chanteuse du groupe Niagara) ou encore l’un des plus grands humanistes français !

Deux indices m'aident à trouver : "coincée entre une rivière et un fleuve" et "ville qui porte le même nom". Je suis conforte par les sables et les graviers. Mais oui, c'est Chinon ! Nous marquons 3 points

Vin 9 : robe rouge sombre. Nez épicé, mûr, balsamique. Bouche puissante, énergique, avec de la fraîcheur et des épices à revendre. Ca déménage, jusqu'à la finale longue et généreuse.

Bon, là, je sais ce que c'est : je l'ai amenée. Tout autour de moi, ça patauge dur. Il faut dire que ce n'est pas évident. C'est une Syrah de Sicile (2004) du domaine Planeta

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9e question : trouvez ce cépage (4 points) Il s’agit d’un cépage assez productif, caractérisé par de grosses grappes compactes, à grains ellipsoïdes et à la peau fine. Il a notamment été beaucoup planté au Maghreb comme raisin de table.Plus que tout autre il redoute les gros rendements ! Lorsque ce dernier est raisonnable, il peut présenter une jolie couleur rose délicate, du fruit, et une belle fraîcheur pour les rosés... Sur des schistes et avec un faible rendement, il produit des vins souples et parfaitement fruités. En France, nous le retrouvons principalement dans les appellations Bandol, Cassis, Chateauneuf du Pape, Costières de Nîmes, Coteaux Varois Vacqueyras...

Quatre points gagnés facilement : le Cinsault, bien sûr !

Vin 10 : nez bien mûr, avec une note de réduction (et un peu lactique, aussi). Si l'attaque en bouche est plutôt douce, le vin ensuite se durcit, avec une astringence assez marquée. Le vin est mis en bouteille depuis peu. Ceci explique sûrement cela. 

Là non plus, pas besoin de trouver ce que c'est. C'est mon partenaire, Olivier, qui l'a amenée. Ce vin est moins piégeux que le mien. Beaucoup ont trouvé que c'était un Cabernet de Loire (Saumur), Château Yvonne 2009.

Question 10 : il existe en France 7 appellations « Crémant de…». Quelles sont-elles ? (1 point par bonne réponse)

Nous pensons à Alsace, Jura, Bourgogne, Bordeaux, Jura, Die. Mais oublions Limoux. 6 points de plus.

Réponse : Crémant d'Alsace, Crémant du Jura, Crémant de Loire, Crémant de Bourgogne, Crémant de Bordeaux, Crémant de Limoux, Crémant de Die

Vin 11 : robe très sombre. Nez puissant, sur des notes fruitées et balsamiques, puis de grillé. Matière à la fois tonique et très concentrée, avec une jolie fraîcheur et des tannins raffinés. Belle finale sur les épices. Ce vin me plait, même si certains le jugent trop boisé. Diagnostic :

Languedoc, Coteaux du Languedoc, Syrah, 2008. 

C'est bien une dominante Syrah (100% en fait), c'est un 2008. Mais c'est australien !!! (Bokarra, Adelaide Hills). Nous obtenons 4 points.

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Question 11 : placer toutes les parties du raisin sur un schéma : pulpe, rafle, bourrelet, pinceau, pépin, pruine, pellicule, pédicelle etc. 

 

On a tout bon : 8 points

Allez, on finit en douceurs....

Vin n° 12 : robe or aux reflets cuivrés. Nez sur le coing, les agrumes confits, le miel. Bouche d'une grande riche, manquant à mon goût de rondeur sensuel. Un peu austère, quoi. Finale encore marquée par le sucre. J'accroche pas trop, mais ce sentiment est loin d'être partagé.

Olivier est formel : Loire, Coteaux du Layon, Chenin, 2005.

C'est le Jackpot : 100 % bon ! C'est un CdL l'Excellence 2005 du Domaine les Closserons. 10 points.

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Vin n° 13 : robe pourpre sombre. Nez sur les fruits noirs frais, les épices et le cacao. Bouche veloutée, gourmande, avec un fruit expressif, avec un sucre très discret. Finale un peu ferme.

Là, il n'y a aucun doute : c'est un Maury. Nous tentons 2008. Le vin est un Maury du Mas Karolina 2009. Nous empochons 9 points de plus.

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Il n'y pas vraiment de surprise quand les résultats tombent. Nous sommes 1ers. Vraiment sans gloire, car comme vous avez pu le lire, nous n'avons pas été particulièrement brillants. En tout cas, ce genre de "concours" montre vite nos limites de "dégustateurs avertis"...

Merci à Gildas pour l'organisation sans faille. Et au Restaurant du Grand Truc pour leur accueil !

Vous pouvez lire THE compte-rendu sur LPV

 


25 octobre 2011

L'autre soirée parisienne (ou le "warm up champenois" )

J'ai répondu présent à une invitation des vignerons bio de Champagne pour le salon Bulles en Bio (compte-rendu à venir). Seulement, il est difficilement envisageable de faire l'aller-retour Fécamp / Epernay dans la journée. Aussi ai-je procédé par étape. A l'aller, chez des passionnés de Champagne à deux pas du Trocadéro, au retour chez un chanteur-voyagiste-poète (cf mon post précédent).

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Pour le repas chez Claire et Julien, nous nous sommes partagés le travail. J'ai ouvert les huîtres, Julien les bouteilles de Champ', et Claire notre appétit avec des jolies mises en bouches (noter le double zeugma).

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002Le premier champagne est une rareté puisqu'uniquement composé de Pinot Blanc (non, ce n'est pas une faute de frappe). L'Originale de Pierre Gerbais a vieilli 4 ans sur lattes (vendange 2006, bouteille dégorgée en 2011). La robe est dorée, avec de fines bulles. Le nez est assez discret, mais il me rappelle bien les Pinots Blancs bus en Alsace, avec une touche briochée en sus. En bouche, c'est la rondeur et la fraîcheur qui dominent, avec une finale à la mâche gourmande. C'est très sympa, d'une buvabilité terrible, mais il lui manque la tension nécessaire pour un faire un grand vin. En tout cas, avec les tartines au radis croquant, c'est absolument impeccable ! A noter que dans le dernier numéro du Web Journal du Champagne (écrit par Claire et Julien), il y a un grand article sur la maison Pierre Gerbais.

 

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007Sur les huîtres, nous passons à un deuxième champagne : l'Expérience "blanc de Blancs" d'André Jacquart. Et l'on rentre clairement dans un autre monde. Déjà, le nez est explosif, sur des notes de noisettes et pain grillés, et moultes épices. Et en bouche, c'est tendu de chez tendu. Pour reprendre la terminologie devenue célèbre d'Hubert de Montille (dans Mondovino), on peut qu'autant le premier vin était plutôt large, celui-ci est long. Avec même un côté étroit, concentré comme un rayon laser qui vous traverse le palais. La matière est d'une densité impressionnante, avec une finale puissante et sans concession. Ce champagne peut donc tout autant fasciner que rebuter (un peu comme le Laphroaig dans l'univers des whiskies). Moi, j'aime (fô dire j'adore le Laphroaig).

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Avec des crevettes (non photographiées) on passe à un Riesling 1988 de Fernand Mischler.(amené par votre serviteur). Le nez évoque l'encaustique, le sous-bois, l'écorce d'agrume. Mais c'est surtout la bouche qui interpelle, à la fois douce et aérienne, d'une jeunesse insolente. La finale n'est pas très longue, encourageant encore plus d'en prendre une gorgée / un verre supplémentaire pour vivre à nouveau un instant magique – et hélas trop éphémère.

Une sauce orange / badiane maison permet de faire le liant entre le vin et les crevettes.

 

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016Avec le Tournedos Rossini, un champagne n'aurait pas forcément collé. Ca tombe bien : j'ai amené une bouteille de vin rouge : un Domaine de l'A 2005 (Côtes de Castillon). J'avais lu il y a peu qu'il sortait de sa phase de fermeture. A l'ouverture, j'ai trouvé que c'était encore très prématuré (j'ouvrirai la prochaine dans 10 ans, je crois). Si le nez a beaucoup de charme (fruits noirs à foison, épices, moka), la bouche est encore trapue (mais au potentiel indéniable). Le miracle de la cuisine (et d'un carafage de deux heures), c'est qu'elle a rendu de suite le vin beaucoup plus civilisé, et que finalement le mariage se fait très bien avec le boeuf. Mes amis qui ne sont pas très Bordeaux l'ont bien apprécié. 

 

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J'assume entièrement le dessert, préparé en partie la maison (les madeleines  et la mousse au chocolat au siphon) et finalisé sur place. Le mariage se fait très bien avec un liquoreux que j'ai amené dans mes bagages : le Palais d'Or 2007 du domaine de Bouillerot (côtes de Saint-Macaire). Sa robe est d'un bel or. Le nez évoque l'ananas, la poire et l'orange confite. La bouche est d'une belle richesse, mais sans aucune lourdeur grâce à une acidité discrète mais efficace. On ne sent pas du tout les 160 g de sucres résiduels.

L'air de rien, quand on se couche, il est plus d'une heure du mat'. De la rigolade si on faisait grasse mat' le lendemain. Mais ce n'est pas le cas : lever à 6h30 pour partir au plus tard à 7h30 de Paris et affronter les bouchons. Ceci dit, après un repas pareil, on s'endort à peine la lumière éteinte...


22 octobre 2011

Une belle soirée autour des vins du Sud-Ouest

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On trouve encore des gens qui persistent à dire qu'Internet encourage l'isolement des êtres qui fréquentent assidûment la toile. Cette soirée prouvent magnifiquement le contraire, puisqu'une personne qui ne m'avait jamais rencontré m'a accueilli chez lui, en bord de Marne, et invité quelques uns de ses amis, également rencontrés via un forum d'amateurs de vins (et tous trois blogueurs : Catherine, Cyril et Hubert). L'affaire s'est décidée et organisée en quelques jours, et ce fut ma foi fort réjouissant :o)

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Nous avons démarré le repas avec une salade de pomelo, saumon, pomme et fenouil. Accompagnée par un Côtes de Gascogne Côte d' Heux 2009 du Domaine Chiroulet : nez fin sur les agrumes et l'ananas, puis la mangue. Bouche ronde, ample, avec une acidité très rafraîchissante et une finale légèrement marquée par l'amertume. Un vin équilibré et gourmand au niveau de torchabilité assez élevé.  

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Puis nous sommes passés à un foie gras maison, avec trois vins :

Gaillac, Domaine Causse Marines, ZacMau 2007 : un nez sur la pomme chaude, beurrée, qui m'oriente direct sur le Mauzac. Daniel lâche derechef le nom du vin (il aurait pu nous laisser chercher un peu...). Autant le nez est séducteur, autant la bouche me semble monocorde, sans relief. La matière plutôt riche est de bonne qualité, mais il lui manque cette petite tension qui fait toute la différence.

Montravel, Château Jonc-Blanc, 2007 : nez sur les fruits jaunes bien mûrs (pêche), les épices (girofle) et quelques notes grillées. La bouche est plus grasse que le précédent mais surtout plus tendue, avec fraîcheur tonique. L'amertume de la finale peut dérouter. Pour l'apprécier pleinement, ce vin mériterait un plat adapté (ris de veau caramélisé ?)

Pacherenc du Vic-Bilh moelleux, Château Bouscassé, Larmes Célestes 2004 : le foie gras ne se sent plus de joie : il a enfin trouvé le vin qui lui convient ! Un nez marqué par l'ananas rôti et l'orange confite. Une bouche assez riche, onctueuse, gourmande, avec une belle acidité bien intégrée. Finale sans aucune lourdeur. Une réussite pour un millésime pas des plus faciles dans la région.

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Avec une assiette très "Sud-Ouest", nous avons continué sur des vins rouges :

Côtes de Bergerac, Clos Les Verdots, Le Vin 2001 : nez (encore !) dominé par l'élevage et des fruits compotés un brin fatigués. Bouche creuse, décharnée, aux tannins dissociés. Bouteille en phase terminale...

Côtes de Bergerac, Château La Tour Monestier, Emily 2008 : ouverte au débotté après l'échec de la bouteille précédente. Nez harmonieux sur la crème de fruits noirs, les épices et le moka. Bouche ample, harmonieuse, avec des tannins veloutés tirés au cordeau et une belle fraîcheur d'ensemble. Finale encore un peu ferme qui serait mieux passée avec une belle côte de boeuf ;o) 

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Avec une purée de céleri et une écrasée de pommes de terre à la truffe, du boudin grillé. Et un Madiran Charles de Batz 2006 du Domaine Berthoumieu: le nez est joli, sur les fruits bien mûrs et les épices. La bouche est puissante, concentrée, manquant de gourmandise et de finesse, avec une finale un peu brutale. Le millésime 2007 dégusté un an plus tôt me paraissait nettement plus subtil.   

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Avec le fromage, une petite trahison du Sud-Ouest, avec un Saint-Estèphe, Château Montrose 1993. Une bouteille qui aurait gagné à être aérée, car le dernier verre s'est avéré bien supérieur (plus puissant et moins anguleux). Le nez fait plutôt que son âge, avec des notes de tabac séché, de feuille de ronce et de cuir (en fin de bouteille, on sera plus sur le cassis et le cèdre). La bouche manque de puissance ne tenant que son ossature. La mimolette a tendance à faire vaciller encore plus l'édifice, tandis que le Saint-Nectaire au contraire le renforce (vraiment impressionnant à constater).  

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 Avec un gâteau au chocolat et à la framboise du grand Jean-Paul Hévin, un concurrent du célèbre Maydie du domaine Aydie : Tanatis 2007 du Domaine Berthoumieu. Si le nez sur la mûre, la cerise noire et le cacao sont d'une grande gourmandise, tout autant que l'entrée de bouche, ronde, veloutée, au fruité intense, la fin de bouche assez massive lui fait perdre une partie de son charme. Plutôt du style rugbyman en tutu :o)  

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Merci à l'ami Daniel pour son chaleureux accueil. Ce fut vraiment un beau moment !


23 septembre 2011

Vins bio, biodynamiques, nature ... Comment s'y retrouver ?

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Mercredi dernier, deux personnes m'ont demandé dans la même journée des éclaircissements sur les vins "bio" que l'on trouve de plus en plus, que ce soit dans les rayons de votre supermarché, sur la carte de votre restau favori, ou chez votre caviste. Nageant dans le milieu depuis une vingtaine d'année, je vais essayer d'éclaircir un peu tout ça.

1 - un vin bio, ça n'existe pas

La situation peut évoluer, mais au jour d'aujourd'hui, seul le mode de culture du raisin est contrôlé officiellement. Pas les vinifications. C'est pour cela que vous verrez toujours sur les bouteilles la mention pas très sexy : vin issu de raisins de l'agriculture biologique. La raison en est que les différents états européens n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur un cahier des charges communs sur la vinification (sur le taux de sulfites, entre autres). Du coup, il n'y en a pas.

Evidemment, les ennemis du "vin bio" montrent du doigt avec délice cette lacune. En réalité, beaucoup de vignerons suivent un cahier des charges non officiel (comme celui du FNIVAB). Mais il est vrai qu'ils ne peuvent pas communiquer dessus, vu qu'il n'est pas reconnu par l'Europe.

C'est donc à vous de voir si le producteur est digne de confiance sur ses pratiques oenologiques. Personnellement, j'aurais tendance à me méfier des "vins bio" à 3 € la bouteille proposés par des gros négociants. Car pour arriver à ce prix-là, il a fallu tirer un maximum sur les coûts de revient, ce qui n'est pas forcément compatible avec une démarche bio.

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2 - quelle est la différence entre bio et biodynamie ?

La première chose à savoir, c'est qu'un domaine en biodynamie (=BD) est forcément en bio. Car il n'y a que ce dernier mode de culture qui est reconnu officiellement. Un domaine en BD doit donc déposer préalablement un dossier auprès de l'administration pour passer en bio (ce qui demandera 3 ans de reconversion). Et d'autre part devenir adhérent de l'une des deux associations promouvant la BD : Demeter ou Biodyvin. Il devra suivre le cahier des charges de l'association choisie (disponibles sur leur site) et sera contrôlé pour vérifier qu'il est bien respecté.

Un domaine en BD est donc contrôlé deux fois : une fois par un organisme de certification officiel (comme ECOCERT ou QUALITE FRANCE), et une autre fois par DEMETER ou BIODYVIN. Ces derniers peuvent externaliser leur contrôle en le confiant aux organismes préalablement cités qui font alors une pierre deux coups : en une seule visite, ils font un contrôle officiel (le bio), et un non officiel (la BD).

Il est donc important de souligner qu'un domaine qui s'annonce en BD et qui ne vous montre pas son certificat BIO n'est rien de moins qu'un charlatan.

Bon, ça, c'est le côté certification. Mais quelle est la différence sur le terrain ?

Un domaine en bio s'engage à ne pas utiliser de pesticides de synthèse. A savoir, pas de fongicide, pas d'herbicide, pas d'insecticide. Et puis pas non plus d'engrais dits "minéraux". Que de l'organique : fumier, compost, guano.... Il utilise comme produit phytosanitaire de la bouillie bordelaise (cuivre + chaux), du soufre, et quelques autres produits comme le BT (bactérie qui s'attaque aux vers de la grappe). S'il est "naturel", le cuivre n'est pas sans danger pour la vie dans le sol. Les producteurs BIO sont donc contrôlés sur les quantités annuelles de cuivre utilisé (5 kg / an sur une moyenne de 5 ans – l'idée est que toutes les années ne se ressemblent pas : les années pluvieuses, on peut en consommer plus, et les années sèches, nettement moins)

Par contre, il ne s'engage pas à travailler les sols (il peut se contenter de tondre) ou à bichonner ses vignes. Le BIO n'est donc pas une garantie qualitative, mais juste une promesse de ne pas utiliser de produits de synthèse. Ce point est très important : il signifie qu'un vigneron "non BIO" qui passe beaucoup de temps à s'occuper de ses vignes peut avoir un résultat qualitatif très supérieur à un BIO qui fait le minimum syndical. Le bio n'est en aucun cas une promesse de produire un vin de qualité (c'est écrit nulle part sur le cahier des charges). Soulignons aussi qu'il n'est pas non plus une promesse d'un vin produit sans trace de pesticides de synthèse. Le producteur ne vit pas sous une cloche à l'abri du monde extérieur. Et comme 95 % du monde agricole n'est pas en BIO, et que ce type de produit est très volatile, on ne peut exclure que des vins "bio" en contiennent.

52 - préparats biodynamiques

Un domaine en biodynamie doit d'une part suivre les règles régissant le BIO (voir supra) mais en plus suivre un cahier des charges biodynamiques (disponibles sur les sites cités plus haut). Il devra utiliser des préparations biodynamiques (à base de plantes, de quartz, de bouse de vache...) qui seront diluées dans de l'eau ou des tisanes et dynamisées (voir ICI des images éloquentes) avant d'être pulvérisées dans les vignes. Nous sommes dans une approche quasi-homéopathique. Par exemple, la 501 (silice de quartz) est utilisée à la dose de 4 g par hectare ! Ajoutons que le vigneron doit respecter pour ses traitements – et si possible pour l'ensemble de ses travaux – un calendrier planétaire (= un calendrier lunaire qui prend en compte le mouvement des planètes).

En général, si les vignerons en BD font bien leur travail, ils utilisent des quantités de soufre et de cuivre très inférieures aux BIO. De ce fait, il faut une vigilence accrue, plus d'observation, car une simple erreur ne pardonne pas : vous pouvez rapidement perdre une bonne partie de votre récolte. Il faut donc reconnaître à la BD qu'un véritable lien se crée entre le vigneron et sa vigne, ce qui peut à terme améliorer la qualité du vin.

Je ne discuterai pas ici du "pouvoir" (ou non) des préparations BD. Ce que je sais, c'est que des domaines comme Leflaive ou la Romanée Conti ont testé en parallèle le BIO et la BD pendant plusieurs années, et ont constaté un plus pour la BD. Ils ont donc converti entièrement leur vignoble à la BD. Il faut donc croire que ça marche. On apprend ICI que le professeur Denis Dubourdieu a commencé la conversion en BIO de ses vignobles en faisant un comparatif à la parcelle entre BIO et BD. A suivre de très près.

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Et les vins "nature" ?

Objectivement, ils n'ont rien à voir avec les vins BIO, même s'il y a des domaines en BIO qui produisent des vins "nature". Je veux dire par là qu'on peut être en BIO et ne pas faire de vins "nature". Et faire des vins "nature" tout en n'utilisant pas de raisins BIO. 

Un vin "nature", c'est quoi ?

Ici, le process avant la vinification importe peu. C'est cette dernière qui définit le vin "nature". Cela consiste simplement à ne pas utiliser autre chose que du raisin pour produire du vin. En particulier pas de sulfites (dioxyde de soufre). Ou alors vraiment très peu pour les moins aventureux.

Vous obtenez, parait-il, un vin "vivant". Ca a ses avantages (il est souvent plus expressif qu'un vin sulfité) mais aussi ses défauts (il n'est pas protégé contre l'oxydation, et peut donc vite partir en vrille...). En tout cas, contrairement à ce qui est souvent dit, le vin "nature" n'offre aucune garantie contre le mal de crâne suite à un abus. Les sulfites n'en sont pas responsables (avez-vous déjà vu quelqu'un se plaindre d'un mal de crâne après avoir ingéré des abricots secs qui contiennent beaucoup plus de sulfites que le vin ?). Il faut apparemment plutôt chercher du côté des amines biogènes (présents à plus ou moins forte dose selon les cépages – le Pinot Noir en contient pas mal, par ex).

Ce qui est assez exaspérant avec les producteurs de vins "nature", c'est qu'ils sont souvent jusqu'au boutiste, même quand ça n'est pas nécessaire. Par exemple, lorsque le raisin arrive au chai, la plupart des producteurs ajoutent une légère dose de sulfite afin d'empêcher d'agir certaines levures indésirables, appelées Brettanomyces Damnosus (ou Brett pour les intimes). Celles-ci ont en effet tendance à produire des molécules phénolées aux arômes très "typés" : cuir, écurie, sueur, basse-cour... Ca ne vous rappelle rien ? Les arômes de la plupart des vins "nature". Ce que l'on vous fait passer pour du naturel, du terroir... est une déviation liée à une vinification hasardeuse. On peut surtout se demander pourquoi ces vignerons persistent à ne pas utiliser de sulfites en début de vinif, car ceux-ci ont disparu à la fin de la fermentation alcoolique. On peut donc avoir un taux de sulfite bas en en ayant utilisé préalablement. C'est pour cela que je parle de jusqu'au boutisme. Ce n'est pas pour avoir des taux de sulfites bas que les vignerons n'en mettent pas à l'encuvage. C'est par philosophie (en l'occurence, celle-ci sent souvent mauvais).

Remontage aéré (détail)

On rejoint l'autre combat des vignerons "nature" : les levures indigènes. Sous ce nom un peu barbare, on parle des levures qui sont naturellement dans l'environnement, et sur la peau du raisin en particulier. Normalement, celles-suffisent à ce que le moût de raisin parte en fermentation, comme devrait le faire le mélange d'une bonne farine et d'eau (qui donne le levain). Mais il arrive que ça ne marche pas. Les vignerons, à l'instar des boulangers, ont donc des levures sélectionnées (dites exogènes) qui permettent que la fermentation se passe bien à chaque fois, y compris dans des cas difficiles comme un taux de sucre très élevé. Pour les vignerons "nature", l'utilisation de ces levures est le crime ultime, une trahison du terroir. Pour eux, tous les vins produits avec ces levures sélectionnées se ressemblent. Sauf que c'est aussi mensonger que l'histoire du mal de crâne dû au soufre. Dans notre longue aventure médocaine, mon ami Pierre et moi avons eu la chance de faire de nombreuses dégustations parcellaires. Hormis Pontet Canet, les autres châteaux utilisaient tous des levures exogènes. Et je peux vous assurer que l'on distinguait parfaitement les vins issus de parcelles sablonneuses et ceux issus de graves ou de sols argilo-calcaires. Absolument rien à voir. Donc pas d'uniformisation du tout. Je dirais même que le fait qu'ils aient utilisé la même levure pour l'ensemble des cuves permet précisément de mieux percevoir le terroir, car le "filtre levure" est le même. 

A l'inverse, en novembre dernier, j'étais allé à une manifestation vigneronne orientée nature (à Caen). En passant de stand en stand, j'avais l'impression de boire presque toujours les mêmes vins alors qu'on avait changé radicalement de cépages et de terroir. On retrouvait souvent les odeurs évoquées plus haut, si ce n'est le mauvais cidre ou le vinaigre. Même sensation à chaque fois que je bois un vin "nature" à l'aveugle. Je suis capable de dire que c'est un vin "nature", mais déterminer la région et le cépage... mission impossible !

J'ai donc le sentiment que l'uniformisation touche beaucoup plus les vins "nature" que les vins vinifiés avec les levures exogènes...

Rajoutons que s'il peut être défendable de ne pas sulfiter un vin rouge (car il contient naturellement de nombreux anti-oxydants), il est totalement irresponsable de ne pas le faire avec un vin blanc. A moins de lui conserver pas mal de gaz carbonique (solution adoptée par mal de vignerons  "nature" ), ce vin est condamné à une mort rapide. Et pour peu qu'il reste un peu de sucre en bouteille, il y a un fort risque de refermentation en bouteille (avec bouchons qui sautent et innondation de la cave).

L'autre solution adoptée par les vignerons "nature" pour la conservation des vins est la réduction (=priver le vin totalement d'oxygène durant l'élevage et le mettre ainsi en bouteille). Le problème, c'est qu'un vin réduit a des odeurs très désagréables (chien mouillé, serpillère, bigorneau à marée basse, vase...). Et qu'il faut le carafer plusieurs heures pour faire disparaître le phénomène (et si possible l'agiter violemment afin de brasser un maximum d'oxygène). Autant vous dire que lorsque vous avez les brett + la réduction, ça pue grave ... mais c'est vivant !

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Nota : je ne suis pas un ardent défenseur des vins technos et des levure dites "aromatiques". Pas plus que du sulfitage fortement dosé. Mais je pense qu'il y a un juste milieu entre l'hyper-interventionnisme et le refus d'ajouter le moindre intrant. 

Les bonnes adresses 

En bio : Deslesvaux,  (Loire), Domaine de l'Homs (Minervois), Château Couronneau, Gombaude-Guillot (Bordeaux), Stoeffler(Alsace), Ganevat (Jura) Jo Landron (Muscadet), Beaufort (Champagne), Nadia Lusseau (Côtes de Duras), etc...

En biodynamie : Stéphane Tissot (Jura), Champ des Treilles, Clos Puy Arnaud, Pontet-Canet (Bordeaux), Huet, Chidaine, Château Gaillard (Loire), Chapoutier (Rhône), Gauby (Roussillon), Jonc Blanc (Bergerac), Zusslin Valentin, Deiss, Kreydenweiss (Alsace), Trapet, Leflaive (Bourgogne), Villeneuve (Châteauneuf du Pape), Montirius (Gigondas), Terre des Chardons (Costière de Nîmes), Michel Grisard, Gilles Berlioz (Savoie), Franck Pascal, Larmandier-Bernier (Champagne), Guy Bossard (Muscadet)

En "nature" (cuvées réussies) : "trousseau singulier" de Tissot, Cairanne de Richaud, Morgon de Lapierre, Beaujolais des Côtes de Molière, cuvée Barthélémy du château du Puy, Château Meylet (Saint-Emilion), Jadis de Barral (Faugères - des irrégularités, tout de même). 

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Clos Puy Arnaud (en biodynamie)




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