A boire et à manger

Quand deux passions se rejoignent pour n'en faire qu'une: la gastronomie

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26 février 2017

Grand moment de gastronomie à l'Auberge du prieuré de Moirax

J'étais allé il y a presque 10 ans à l'Auberge du Prieuré de Moirax (lire ICI) et j'en avais gardé un excellent souvenir, autant pour la langoustine à la texture d'une délicatesse inouïe que pour la poitine de porc ultra-fondante et parfumée. Lorsque mon ami Olivier C. m'avait demandé l'année dernière une bonne adresse près d'Agen, je lui avais de suite conseillé cet établissement (qui entre temps a gagné un macaron Michelin). Il y avait passé une superbe soirée. Sa "belle-famille" habitant Agen, notre joyeuse bande a passé le week-end dernier dans la capitale du pruneau, avec une soirée à Moirax en point d'orgue.

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À deux pas du prieuré (à visiter en journée), l'auberge se la joue modeste : ça fait plus "restau de village" qu'étoilé Michelin. Idem en salle, très sobre. Je remarque d'ailleurs que les convives déjà installés n'ont rien d'endimanchés. Pas plus que nous, d'ailleurs. Ça tombe bien : le service, assuré par Agathe Toursel – la femme du chef – et un jeune homme souriant, n'a rien de guindé. On est tout de suite à l'aise.

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Nous sommes installés dans un salon privé, ce qui nous permettra de sortir discrètement les bouteilles que nous avons amenées (droit de bouchon de 10 € par flacon).

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Comme il y a dix ans, nous démarrons le repas avec du magret de canard séché (ni trop salé, ni trop sec, ni trop poivré). Les piques en bois rappellent la sonde en os de cheval utilisée pour contrôler la maturité des jambons.

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Nous dégustons avec celui-ci (et les mises en bouche qui suivront) un Champagne Réserve Brut de Leclerc Briant (Base 2010, 70 % Pinot noir, 30 % Chardonnay, dégorgement en 2015). Le nez est fin et complexe, alliant fruits secs  et fruits rouges, avec une pointe briochées. La bouche allie tension et vinosité, avec une matière au toucher crémeux et des bulles discrètes. La finale légèrement dosée est pleine de peps, avec un retour sur les fruits secs et la brioche. C'est vraiment très bon, et à point.

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Le beurre maison (citronné/poivré)...

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... et les pains

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Chips de couenne de porc (très légères)

cheveux d'ange de betterave

mayonnaise de haddock

->  très bien

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Puis une délicieuse et intense bisque de homard (mousse de citronnelle, de mémoire)

et un excellent tartare de boeuf (j'en aurais mangé une grosse assiette !)

Ça commence très (très) bien ! 

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Langoustine, concombre, cacahuète...

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... et lait de coco.

Un style très thaïlandais avec une langoustine à la cuisson quasi-parfaite (je la préfère un chouïa plus nacrée comme lors de ma dernière visite) et du concombre qui apporte du croquant. Après, c'est tout de même très hors-saison... L'ensemble est des plus réussis, parfaitement assaisonné : relevé, mais pas trop.

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 Pour l'accompagner, un Silex 2009 de Dagueneau. Un nez sans extraversion, marqué par l'agrume mûr et des notes fumées/pierreuses (le silexxx!!!). Une bouche ample, enveloppante, avec une matière douce et mûre, moins tendue que d'ordinaire, mais sans la moindre lourdeur. C'est parfaitement équilibré, plutôt classieux, s'accommodant sans heurt aux saveurs orientales. Avec le plat suivant, il va gagner en intensité et en minéralité, devenant plus "caillouteux".

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Huître, cochon et mimolette

L'huître est pochée, tiède, avec un goût iodé d'une rare intensité. Cela est certainement renforcé par les deux feuilles d'huître qui la recouvre. Le porc, c'est un morceau de poitrine, croustillant/doré à l'extérieur, fondant à l'intérieur. Et qui rappelle l'alliance bordelaise huître/crépinette (pas si inintéressant que ça tant que l'on évite le Sauternes). Cela fonctionne ici très bien. S'y ajoutent des graines de moutarde qui apporte du piquant/croquant (juste ce qu'il faut). La mimolette ne m'a pas trop marquée...

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Comté, truffe, noix et lard fumé

Nous avons poussé un gros ouf de soulagement lorsque nous avons vu que ce plat avait été maintenu sur la carte, car nous avons amené un vin jaune la Vasée 2008 de Stéphane Tissot rien que pour l'accompagner. Au départ, je me suis demandé si le voile blanc était de l'oeuf, car il n'apparaît pas dans l'énoncé du plat (alors qu'il y tient une place primordiale). Ce plat est un incroyable concentré de saveurs, se combinant magiquement, sans que l'une écrase l'autre.

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Tout change au moment où vous crevez le jaune d'oeuf caché sous le blanc. Celui-ci apporte un liant crémeux et ce goût si particulier, avec tout ce qu'il a de régressif. L'esthétique tient alors plus du plat de cantine que du restau étoilé, mais p... que c'est bon !

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À cela s'ajoute le vin jaune. Le plus élégant et aérien de Tissot, avec des saveurs de fruits secs grillés (noisette, noix) et de lard fumé. Et pas trop marqué "jaune". L'accord est juste magnifique, touchant à la perfection. Plus trivialement, à se taper le cul par terre. Rarement un accord met & vin m'a autant ému. Et je pense que tout le monde autour de la table a vécu la même chose.

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Ris de veau, truffe, noisette et café

Là, nous avons eu du bol : nous ne pouvions rêver que ce plat pour finir la bouteille de Vasée. Nous étions sur une palette aromatique proche, avec un café plus sur la torréfaction que sur l'amertume. La cuisson du ris de veau était parfaite. L'accord est un peu moins intense qu'avec le plat précédent, mais pas moins magnifique. Grand moment BIS.  

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Au début du repas, il nous a été annoncé un changement de plat : exit le boeuf maturé. Il est remplacé par de l'épaule d'agneau cuite en basse-température (60 °C durant 24 heures nous expliquera le chef). Je n'ai pas eu l'intitulé de l'accompagnement, mais c'était typé "sud" (poivron rouge, herbes), jusqu'à une traversée de la Méditerranée avec de la datte, du gingembre et de la menthe.

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Nous avions fait le choix de prendre tout de même un vin sur la carte du restaurant. En la parcourant, nous sommes tombés sur un Trévallon rouge 2004, à un prix – relativement–  raisonnable :  100 € (vu qu'on le trouve dans le commerce aux alentours de 50 €). Bonne pioche, surtout avec ce plat. La robe est relativement fluide pour un vin sudiste, presque bourguignonne. Le nez fait très Cab'Sauv' sur le cassis, le Havane, soulignés par des notes de garrigue plus méridionales. La bouche a une tension très médocaine, avec une matière fine et soyeuse et une aromatique intense. La finale est fumée/mentholée, juste délicieuse. L'ensemble est d'une fraîcheur assez rare dans le Sud. Et of course, l'accord est parfait avec l'agneau et son accompagnement (il y a même le pont aromatique avec la menthe).

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Agrumes, yaourt et carotte

Un premier dessert pas trop sucré, et très digeste. Les saveurs lactées de la glace yaourt (à la texture "pacossée" )se marient bien à celles des agrumes, et la carotte épicée s'y intègre parfaitement. Le gâteau moelleux a été cuit à la vapeur ce qui le rend très aérien. Bref, un grand MIAM.

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Avant le deuxième dessert, une visite de Benjamin Toursel avec qui nous parlons cuisine et recettes durant une dizaine de minutes. L'homme est passionnant et modeste, n'hésitant pas à partager ses astuces culinaires.

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Le deuxième dessert. Je n'ai pas l'intitulé exact car ce n'est pas celui du menu initial. La glace est à base de brioche. Il y a aussi du café, du caramel, des fruits secs, du rhum (?). M'enfin, des choses qui vont très bien ensemble. La divine texture de la glace donne envie de s'acheter illico un Pacojet. Dommage que ce soit si cher (jamais rien trouvé en dessous de 2.500 €...). Pas de vin là-dessus, mais un Malvasia de Madère – ou un Rivesaltes ambré – eût été parfait. Re-MIAM !

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Mignardises finales, évoquant un peu le Pastéis de Nata portugais.

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 Au total, nous en avons eu pour un peu plus de 100 € par personnes. Ce n'est évidemment pas donné, mais franchement, ça les vaut, car ce repas fut parfait du début jusqu'à la fin, avec des moments gastromiques d'une intensité dignes d'un double (voire triple) étoilé.  Vu que nous avons désormais un "pied à terre" sur Agen, il est probable que nous  n'attendrons pas 10 ans avant de revenir...

Merci à toute l'équipe pour son accueil

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Auberge Le Prieuré

Le Bourg

47310 Moirax

Téléphone : 05 53 47 59 55

Email : aubergeleprieure@orange.fr

 



Commentaires sur Grand moment de gastronomie à l'Auberge du prieuré de Moirax

    Merci pour ce beau compte-rendu. Une adresse formidable, en effet, sans une seule fausse-note, de l'accueil, du service, à la qualité exceptionnelle de la cuisine. Un très très grand moment de gastronomie, en toute simplicité et gentillesse.

    Posté par Stéphane, 26 février 2017 à 16:28 | | Répondre
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