A boire et à manger

Quand deux passions se rejoignent pour n'en faire qu'une: la gastronomie

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20 novembre 2015

Belle dégustation au fond d'une cave

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C'est au fond d'une cave de Bourges qu'une dizaine d'oenophiles s'étaient réunis pour une dégustation organisée par Jean-Loup. Toutes les bouteilles étaient fournies par notre hôte et dégustées à l'aveugle. Elles étaient découvertes au bout de quelques minutes, une fois que nous avions donné nos impressions et émis des hypothèses sur leur origine (dont certaines tombaient assez juste, pour tout dire).

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Avec les traditionnelles galettes de pomme de terre - l'une des spécialités du Berry - il nous a été servi une "bulle" : la robe est jaune pâle, avec des bulles fines et nombreuses, regroupées en un large cordon. Le nez est très beau, évoquant un "pain génois de Noël", avec des arômes de pâte d'amande, d'agrumes confits, de pralin, de pâtisserie au beurre et une très légère touche vanillée. La bouche est ample et vive, avec une effervescence assez marquée sans qu'elle soit agressive. L'ensemble est tendu, mais bien enrobé par une matière sobre et classieuse.  La finale tonique mêlant mâche calcaire et noble amertume persiste longuement sur des notes salines et noisetées. Un très joli Champagne idéal pour démarrer un repas. Tout le monde s'accorde sur un Blanc de Blancs. Après, tout le monde n'est pas d'accord sur son âge, assez difficile à déterminer.  Florent trouve le producteur. C'est Minéral 2006 d'Agrappart.

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Le vin suivant a une robe dorée intense. Le nez est assez envoûtant sur l'abricot, la mangue, la crème brûlée, le pain grillé, la vanille et d'autres épices. La bouche est ronde tendance joufflue, avec une matière dense, riche, limite huileuse. Ce vin peut séduire certainement un public amateur de vins baroques/expressionnistes, mais peut également vite lasser ceux qui aspirent à une certaine sobriété. C'est le cas de toute l'assistance présente ce jour, qui le trouve fatiguant. La finale épicée/beurrée/grillée, encore bien marquée par la barrique neuve agrave encore son cas. Personne n'est surpris d'apprendre que c'est le Condrieu la Doriane 2008 de Guigal (le 2010 de cette cuvée m'avait déjà déçu cet été).

A noter que le vin gagne en sobriété lorsqu'on le déguste avec le saumon, sauce à l'orange maltaise et piment d'Espelette.

 

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Le vin suivant a une robe dorée un peu moins intense que la Doriane. Le nez est très beau, tout en finesse, sur la mandarine confite, le beurre noisette, la roche "fumée", avec une touche de pralin. Dès l'attaque, la bouche affiche une tension qui ne ne vous lâche plus jusqu'à la longue finale. Toutefois, l'acidité est discrète, enrobée par une matière dense et classieuse qui envahit le moindre recoin du palais. la transition vers l'impressionnante finale se fait sans à-coup. C'est là que le terroir marque vraiment son empreinte, avec cette mâche très expressive exaltant la mandarine et le pralin, vous laissant un peu groggy...  Tout le monde est d'accord sur le fait que c'est du grand Chardonnay (et donc forcément bourguignon). Julien semblait savoir que Jean-Loup avait un Montrachet 2008 d'Etienne Sauzet en cave. C'était bien lui.

Il est probable que l'accord avec le saumon eût été meilleur qu'avec le – malgré tout très bon – velouté de homard.

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Il restait encore un blanc à déguster. Pour faire encore plus grand, tout le monde se disait que ce serait soit un Riesling soit un Chenin (les deux meilleurs cépages du monde, c'est bien connu). A peine le nez sur le verre, il n'y a aucun doute : c'est un Riesling ! C'est au départ très terpène d'agrumes ("pétrolé" diraient certains) mais il y a aussi de la mangue,  de la pêche, et une touche fumée. Avec l'aération, le terpénique s'atténue pour laisser place aux fruits exotiques : mangue et fruit de la passion. La bouche est un modèle de perfection, sa générosité aromatique et texturale étant parfaitement équilibrée par une acidité tranchante et lumineuse comme un sabre Jedi. Celle-ci se prolonge longuement en finale, soutenue par des nobles amers et des notes de citron confit, rendant ce vin définivement jubilatoire. P... que c'est bon ! Ce nectar réussit l'exploit de me faire quasiment oublier un Montrachet. C'est un Riesling GC Sommerberg "E" 2005 en Vendanges tardives d'Albert Boxler. L'accord avec les crevettes au curcuma et citron vert fonctionnait bien. 

 

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Avec les tartelettes aux chanterelles grises, nous passons aux vins rouges. Le premier a une robe grenat sombre translucide. Le nez est vraiment charmeur, sur des notes de fruits rouges (framboise, fraise), d'humus et de fumée, avec une ponte d'épices. La bouche est ronde, soyeuse, fraîche, au fruit gourmand et jubilatoire, alliant une grâce aérienne à une aromatique dense et terrienne. La finale pleine de peps est un hymne à la framboise, légèrement saupoudrée de cacao. Il lui manque de la complexité et de l'allonge pour en faire un grand vin. Il se contente d'être juste jouissif. Julien, décidément en pleine forme, le place en Grevrey. Mais alors que beaucoup auraient parié sur un 1er cru, c'est un "simple" village : Gevrey-Chambertin Seuvrées Vieilles vignes 2005 de Michel Magnien.

 

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La terrine tout magret accompagnera les deux vins rouges suivants. Le premier a une robe grenat translucide légèrement évoluée. Le nez est très beau, sur la rose séchée, le tabac, la prune, le poivre et le lard fumé. La bouche est ample et soyeuse a l'attaque pour perdre ensuite en définition, avec des tanins plus présents, pas totalement fondus. La finale envoie des messages contradictoires: on sent la chaleur de l'alcool ; mais en même temps, l'aromatique est très fraîche, avec des notes mentholées/résineuses (façon poivre cubèbe). L'aromatique et l"alcool me font penser à un vin de Reynaud, mais pas une cuvée 100 % Grenache (on sent la Syrah au nez). Y a du vrai : c'est un Côtes du Rhône Fonsalette 2003

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Le deuxième a une robe beaucoup plus sombre, plus dense, avec des reflets violacés. Le nez est moins expressif, mais plus profond : fruits noirs bien mûrs, noyau, graphite et une pointe de framboise. La bouche est riche, concentrée  mais manque de tonicité, de tension. On s'emm... un peu. En milieu de bouche, les tanins commencent à se faire accrocheurs, limitant le plaisir. La finale est puissante et virile, bien épicée. Je n'ai aucun plaisir à boire ce genre de vin, même s'il ne présente pas de défaut particulier (pour dire, la RVF le considère comme un "très grand vin" et le note 17.5/20). C'est un Bandol "la brûlade" 2007 de la Bégude

 

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Le vin suivant est aussi sombre que le précédent, mais sans reflets violacés. Le nez est riche, touffu, complexe : fruits rouges compotés, cuir, cacao, clou de girofle, épices chaudes. On pourrait s'attendre à un vin tout aussi riche et chaleureux. Surprise : dès l'attaque, c'est la fraîcheur et la tension qui dominent, avec une acidité enrobée par une belle matière dense et charnue. La finale est tout aussi fraîche et explosive, avec des notes de menthe, d'eucalyptus et de cacao. Dommage que les tanins soient aussi présents. Mais ils devraient se fondre sans souci avec le temps. D'ailleurs, avec le boeuf à la catalane, ils ont quasi disparu ! Ce vin hors-norme n'est rien moins qu'un Vega Sicilia Unico 2000 !

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Dans la carafe dite "le Graal", Jean-Loup nous sert un dernier vin rouge... Serait-ce le Graal lui-même ?

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Les fromages qui l'accompagnent

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La robe est bordeaux. Le nez aussi : cassis, havane, menthol, petite pointe de cèdre. On est forcément à Bordeaux. Je pars sur le Médoc. Vivien sur Pessac. La bouche est droite, fraîche, avec une belle matière dense et veloutée, assez classieuse. La finale finement mâchue est séveuse avec des notes de menthol très rafraîchissantes, suivi d'un beau retour sur le cassis. Vraiment très bon. Le Bordeaux comme j'aime ! C'est Malartic Lagravière 2005 (c'est donc Vivien qui avait raison). 

 

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Normalement nous arrivions au dixième et dernier vin, mais il y aura un bonus :-) Le dixième, donc, a une robe entre l'or et le cuivre. Le nez est frais, complexe, sur l'orangette, le miel de châtaignier, le pralin et la truffe noire.  La bouche, même si elle n'a pas la colonne vertébrale d'un Jurançon ou d'un Layon, est droite, fraîche, avec une matière douce, presque suave, sans aucune lourdeur. Elle est surtout d'une grande intensité aromatique qui prend encore plus d'ampleur dans une finale noblement amère, dominée par la truffe et l'agrume confit. Vraiment délicieux, et superbement équilibré pour un Sauternes. Enfin, un Barsac, puisque c'est Coutet 1990.

Le vin bonus a une robe tuilée. Un très beau nez sur le pruneau, la cerise noire, le café, l'orange sanguine et le cacao. La bouche manque par contre d'harmonie. L'alcool ressort dès l'attaque, minimisant le plaisir, même si l'aromatique est très bonne (cerise noire/orane confite). La finale est très chocolat à l'orange. Ça tombe bien : Nicole a du chocolat noir à l'orange confite dans sa réserve. Dès la première bouchée, le vin gagne en harmonie et en velouté. Et donc en gourmandise  ! C'est un Banyuls Hors d'âge de Coume del Mas.

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Merci à Nicole et Jean-Loup pour ce grand moment de plaisir partagé !



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