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13 octobre 2006

Les merveilles disparues du vieux français

fortuneAllez, pour une fois, je ne vais parler ni de vin, ni de miam-miam. Quoi que... Je l'avoue, je me régale à lire depuis quelques semaines Fortune de France. Cette saga historique de Robert Merle est un véritable bijou qui allie érudition et aventures picaresques, petite et grande histoire.

A travers les Mémoires de Pierre de Siorac, puis de son fils, nous traversons un siècle d'histoire mouvementée, allant de la mort d"Henri II à l'avènement de Louis XIV. Nous découvrons une France déchirée, meurtrie par les guerres de religion et les ambitions des ducs et princes de sang.

Mais là n'est pas le sujet du jour. Ce que j'ai envie de faire partager, c'est mon bonheur à lire ces textes que Robert Merle a écrit en vieux français. Il y a une fraîcheur, un naturel, une poésie qui a disparu de notre langue actuelle.

Chacun en sa chacunière veut dire chacun chez soi

Rebiscoulé signifie rétabli (après une maladie)

Chicheté, c'est l'avarice et chiche-face, avarefort_2

Chatemitte signifie hypocrite

S'accoiser, c'est se taire (on n'a gardé que coi dans notre language d'aujourd'hui).

Une coquefredouille est une sotte,

et un coquardeau, un vaniteux

Rire à gueule bec n'a pas besoin d'explication...

Lécher le morveau, c'est "rouler une pelle"

alors qu'un poutoune est un baiser plus chaste...

Quand on se met à coqueliquer, c'est qu'on est passé aux choses sérieuses (on peut dire aussi paillarder)...

Un bougre est un homosexuel et un muguet un galant.

Prou, c'est beaucoup (voir l'expression - souvent mal comprise - peu ou prou)

Une personne dont on ne pouvait sonder les pensées était imperscrutable (celui-là, je l'adore!)

Le gargamel, ce n'est pas le méchant des Schtroumpfs, c'est tout simplement... la gorge!

A' steure à pied , à' steure à cheval veut dire tantôt à pied, tantôt à cheval

Plus étonnant sont les mots que l'on aurait pensé anglais et qui finalement ne le sont pas...

un rober (ou robeur) est un voleur.

Le labour, c'est le travail qu'il soit à la ville ou aux champs (Cf les travaillistes anglais).

Une translation est une traduction (et l'on translatait, ou truchait - faire un truchement).

Et lorsqu'on passait un marché, on barguignait (on faisait un barguin, ou bargain).

fort_3Pour finir, deux citations qui montrent toute la saveur de cette langue:

"Ha, Monsieur mon fils, ainsi vous avez goût à ce petit serpent et à ses petites pommes? (il parle d'une chambrière). Et bien faites-vous! Car plus mignonne belette mince et ronde, oncques ne vit jamais dans le Sarladais! Hélas! A vous parler à la soldate et sans rien pimplocher (sans fard), j'eusse fort désiré qu'il prendrait fantaisie à votre aîné François d'entrer en ce joli clos pour y faire ses premières armes. Mais votre aîné se hausse étrangement du col, tordant le nez sur nos gens et ne veut pour son coup d'essai que demoiselle noble, laquelle n'étant point le Roi de France, je ne peux lui bailler. Et le voilà, à son âge, vierge et pucelet, et plus niais qu'un poussin béjaune (bec jaune) portant encore sa coquille au cul".

"Je fus en mon inapaisé courroux plus muet que carpion en torrent".

C'est pas joli, ça?



Commentaires sur Les merveilles disparues du vieux français

  • Je cours acheter ce livre, je vais me régaler... les neurones, pas les papilles.

    Posté par mamina, 13 octobre 2006 à 07:56 | | Répondre
  • j'ai adoré ces bouquins, et si tu savais ce que j'aime lire le français et l'histoire de France quand elle ai ainsi racontée... un grand oui pour ce billet!

    Posté par alhya, 13 octobre 2006 à 08:51 | | Répondre
    • À vrai dire, ce n'est pas "quand elle ai ainsi racontée" , mais bel et bien "quand elle est ainsi racontée". Apparemment tu n'as pas assez lu le français.

      Posté par Mohamed, 05 décembre 2014 à 20:15 | | Répondre
  • J'ai adoré !

    Posté par Anne (P&P), 13 octobre 2006 à 11:06 | | Répondre
  • En Provence, on dit toujours "poutoune" pour dire bisous, ou baiser.
    Merci pour cette ballade dans les mots.

    Posté par nanout, 13 octobre 2006 à 13:35 | | Répondre
  • Tout aussi savoureux qu'un tournedos de pintade finalement.

    Posté par Gracianne, 13 octobre 2006 à 16:22 | | Répondre
  • je veux consulter mon conseiller de grasse!

    Posté par darlyz, 28 décembre 2015 à 22:50 | | Répondre
    • De Grâce Mons Darliz apprenez à écrire !

      Posté par Mons Jules, 21 avril 2016 à 04:36 | | Répondre
  • bonjour, y a t il la traduction où faut il la chercher à l'extérieur ? c'est si émouvant d'enrichir ainsi sa langue (on retrouve des origines locales encore utilisées en Provence -pour ma part qui suis du sud)

    Posté par Mina, 19 septembre 2018 à 07:37 | | Répondre
    • Il y a un glossaire à la fin de chaque livre. Au départ, on y a souvent recours, mais on finit vite par s'y habituer. 
       
       
       
       
       

      Posté par Eric B, 19 septembre 2018 à 07:47 | | Répondre
  • et Mr Merle fait une erreur en écrivant oncques et jamais dans la même phrase...

    Posté par pierretam, 06 février 2019 à 15:14 | | Répondre
    • Oui, bien vu !
       
       
       
       

      Posté par Eric B, 06 février 2019 à 15:34 | | Répondre
  • A'steure ne veut il pas juste dire à cette heure comme i n'a cor il y en a encore ou j'ateu beunèze j'étais bien aisé. C'est du patoi encore usité en bretagne, pour sûr.

    Posté par Julien, 26 novembre 2020 à 21:38 | | Répondre
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