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Quand deux passions se rejoignent pour n'en faire qu'une: la gastronomie

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16 août 2018

L'ascension de la Tour de curon

Source: Externe

La tour de Curon – appelée aussi Tour Canoz–  domine la côte Curon sur les hauteurs de Arbois. Bénédicte et Stéphane Tissot ont acheté én mars 2001 deux hectares de friches autour de celle-ci, avant de pouvoir acquérir la tour quelques mois plus tard. Au printemps 2002, sont plantés 72 ares de Chardonnay à 12.000 pieds/ha, densité rarissime dans le secteur. Ils sont travaillés au cheval car un tracteur ne peut avoir accès à la parcelle (et l'on ne désherbe pas chimiquement chez les Tissot). Les sols sont constitués d'éboulis calcaire du Bajocien . 

Source: Externe

Photo : Môssieur Gildas

Les premières vendanges ont eu lieu dès 2004 – ce que l'on appelle ramasser à la troisième feuille. Cela peut sembler prématuré pour démarrer ainsi la grande cuvée du domaine. Il faut admettre que 14 ans plus tard, ce 2004 est toujours en pleine forme. 

Sur les conseils de Stéphane Tissot, Laurent – hôte du jour et organisateur  – sert les vins dans l'ordre chronologique par paire  à l'aveugle. Il peut y avoir des pirates fournis par les différents dégustateurs. Nous ne savons donc pas si nous avons affaire à deux Tours de Curon ou à un challenger... 

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Clos de la tour de Curon 2004

La robe est d'un or intense, brillante, avec des belles larmes sur les parois du verre.

Le nez est riche, concentré, sur le sésame grillé, le pétard, l'arachide, le silex.

La bouche est élancée, tendue par une fine acidité traçante, pénétrante, avec une matière concentrée au toucher finement crayeuxet à l'aromatique intense dominée par le grillé.

La finale dévoile une mâche puissante, expressive, des plus savoureuses, avec le sésame et la pierre à fusil. Très bien !

 

Clos de la tour de Curon 2005

La robe est quasi identique, mais un peu plus terne.

Le nez est plus fin, plus discret, sur les fruits blancs rôtis, le beurre noisette, avec une légère touche grillée.

La bouche est plus ample, enrobante, avec une matière plus fraîche et une acidité plus diffuse. L'ensemble est plus classieux, tout en restant sobre.

La finale est tonique, avec une acidité saillante (mais pas agressive), avec une plus grande persistance. C'est long, très long, sur les fruits secs grillés et une touche d'agrume qui apporte de la fraîcheur.  Excellent.

 

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Fleur de Marne « La Beaumette » 2005,Domaine Labbé

La robe est dorée, brillante.

Le nez n'est pas très puissant, avec une légère impression d'oxydation ou d'évolution : pomme tapée, coing, légère truffe.

La bouche est ample, aérienne, avec une matière douce, caressante qui gagne progressivement en densité, devenant plus pierreux/crayeux.

La finale est très triple A, mêlant l'acidité, l'amertume et l'astringence, avec l'amertume qui finit par le remporter. Très bien. 

Bellet Cuvée Baron G 2005

La robe est proche.

Le nez est puissant, mêlant l'agrume confit/beurré à un boisé luxueux

La bouche est ronde, ample, charnue, manquant de peps et d'acidité, alors que la maturité est assez poussée. Du coup, l'équilibre est un peu lourd, pesant.

La finale est plutôt intense, avec les amers de l'écorce d'agrume et un beurré/grillé/boisé persistant. Vraiment pas fan, mais ça peut plaire. 

 

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Clos de la Tour de Curon 2006

La robe tire vers le cuivré.

Le nez est puissant, très pâte de coing, fruits confits, avec une touche d'encaustique et de miel en rayon (on frôle la prémox...)

La bouche est longiligne, tendue par une fine acidité saillante, avec une matière plutôt fluide mais intense aromatiquement.

La finale a de la niaque, avec une amertume assez marquée, avec un retour du coing, puis de la pomme séchée, de l'écorce d'orange et des épices. 

Si nous étions sur une petite cuvée d'un petit producteur jurassien, nous n'aurions probabement pas grand chose à redire sur ce vin. Mais nous sommes en face de la grande cuvée d'un vigneron phare de la région. Et là, hum, ça manque de matière, et c'est incontestablement trop évolué pour son âge. D'autant que le vin qui suit montre à quoi peut ressembler un grand Chardonnay de 2006.

Mâcon Pierreclos 1er jus de Chavigne 2006, Guffens

La robe est dorée.

Le nez est fin, élégant, sur les fruits blancs bien mûrs, le citron confit et un léger fumé grillé.

La bouche est ronde, ample, fraîche, bien équilibrée, traversée par une belle énergie. La matière est mûre, moelleuse, sans la moindre lourdeur

La finale est tonique, savoureuse, légèrement mâchue,, sur les fruits blancs, la noisette fraîche. Excellent.

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Une bouteille servie seule, l'autre prévue étant bouchonnée. 


Clos de la Tour de Curon 2007

La robe dorée, très légèrement orangée.

Le nez est très frais, sur les agrumes confits (et non confits), lagroseille à maquereau, avec une pointe mentholée/végétale puis tourbée (Islay)

La bouche éclate de fraîcheur, vous emplissant le palais d'une matière très dense réussissant à être tonique. Un monstre plein d'allant.

La finale est magistrale, avec une grosse mâche tannique très savoureuse, marquée par le citron confit, l'écorce de pomelo, la craie humide, puis des notes tourbées et les embruns. Magnifique.

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Clos de la Tour de Curon 2008

La robe est dorée, légèrement orangée.

Le nez fait légèrement oxydatif, avec des notes de miel, d'encaustique, de coing.

La bouche est ronde, ample, rafraîchissante, avec une matière assez dense, minérale, crayeuse

La finale est tannique, intense, avec une mâche importante, dans un style plutôt austère. 

Constat identique à la bouteille de 2006. Indigne de l'ambition de cette cuvée. 

 

Chalasses Vieilles vignes 2008, Ganevat

La robe est d'un très bel or.

Le nez est superbe, sur les fruits blancs rôtis au beurre, le citron confit, le beurre frais.

La bouche est très ample, enveloppante, avec une matière soyeuse, charmeuse à la fraîcheur sous-jacente. Superbe tension.

La finale allie intensité et élégance, avec de très beaux amers et les notes de pomme beurrée et d'agrumes . Excellent !

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Chalasses Vieilles vignes 2009, Ganevat

La robe est dorée.

Le nez n'est pas très causant, mais l'on perçoit les agrumes confits, la pierre à fusil, et une pointe de coing.

La bouche est très fraîche, intense, vibrante, avec des notes fumées assez marquées.

La finale est pierreuse, sur des notes de fruits très mûrs, toujours le coing, puis la craie.  Un peu trop austère à mon goût (et trop lourde pour d'autres)

 

Clos de la Tour de Curon 2009

La robe est d'un or intense.

Le nez est finement lardé/fumé, avec le sésame grillé, la tourbe

La bouche est très ample, majestueuse, déployant une matière mûre, charnue, sensuelle, . Le tout est est superbement tendu par une acidité arachnéenne.

La finale intense et harmonieuse prolonge la bouche sans la moindre rupture, avec un retour des notes fumées/tourbées, le lemond curd, la craie. Grand vin !

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Clos de la Tour de Curon 2010

La robe est dorée, brillante, tirant vers l'orange.

Le nez est très frais sur les terpènes d'agrume, la craie humide, avec une pointe de coing.

La bouche est très fraîche, avec une acidité quasi-mordante. La matière séveuse réussit à associer fluidité et densité, avec un côté jus de cailloux,

La finale est crayeuse, plutôt intense, mais finit plutôt court. Pas aussi décevante que 2006 et 2008, mais tout de même, cette bouteille ne nous semble pas au niveau d'un millésime comme 2010. 

Les amants 2011

La robe est dorée, brillante.

Le nez est foisonnant, complexe, finement fumé/tourbé.

La bouche est tendue, racée, étirée par une très fine et intense acidité qui trace grave. Le tout paraît un peu austère.

La finale est aigüe, avec une acidité un peu haute, et un retour sur le tourbé/fumé, pour finir sur le crayeux. Très bien.

En 2011, une volatile trop élevée a amené Stéphane Tissot à "diluer" la Tour de Curon en l'assemblant à des chardonnay de la Mailloche (50/50). D'où le changement de nom de la cuvée. Sur une autre bouteille ouverte il y a 8 mois, la volatile était beaucoup plus perceptible. Sur cette bouteille, elle est nettement mieux intégre. Ces Amants 2011 dominent la Tour de curon 2010. 

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Clos de la Tour de Curon 2012

La robe est dorée.

Le nez est fin, frais, sur l'écorce d'orange séchée, le citron , avec un léger grillé.

La bouche est fine, pure, éclatante, longiligne, assez « Roulot style », si ce n'est que les notes fumées sont plus marquées et l'acidité un peu plus haute.

La finale est délicieusement astringente, avec d'abord l'écorce de pomelo, suivi par des notes grillées. Très bien et appelée à devenir excellente, voire plus. 

Laurent possède également 2013, 2014 et 2015, mais nous avions décidé de ne pas les servir car encore trop jeunes pour les juger. 

Nous avons beaucoup discuté du pourquoi de l'irrégularité de cette cuvée. Nous avions la chance d'avoir l'ami Agitateur dans l'assistance et pour lui, il n'y a pas de problème de bouteille. Le problème était préexistant à la mise. Il est probable que l'effondrement de certains millésimes est dû au jeune âge des vignes. Je l'ai déjà constaté chez d'autres producteurs : magnifiques en jeunesse, les vins issus de jeunes vignes s'écroulent parfois au bout de quelques années. 

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Le Miam du jour

(tarte salée d'Anne, poulet aux champignons de Paris et morille de bibi, comté de 18 et 24 mois)

Les after

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. G, France Gonzalves 2015

La robe est pourpre, légèrement trouble.

Le nez est typé « nature », mêlant les fruits rouges à de la volatile et une pointe animale.

La bouche est ronde, souple, gourmande, au toucher velouté, avec un léger perlant. Le fruit est bien expressif, friand.

La finale est finement mâchue, avec toujours le fruit en avant, souligné par les épices. Bien +

 

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Chateauneuf du Pape Pignan 2008

La robe est grenat translucide.

Le nez est très séducteur, sur les fruits rouges confits, le bois précieux, l'orange sanguine, le clou de girofle et les épices orientales.

La bouche est fraîche, élégante, avec une matière fine, soyeuse, mêlant fruits et épices, avec des notes d'écorce d'agrume

La finale est épicée, renforcée par l'orange amère, la réglisse et le poivre. Excellent !

Merci à Laurent d'avoir organisé cette verticale qui me semble une première pour cette cuvée. Et d'avoir réussi à  réunir dans une même pièce Luc Javaux, Agitateur et moi-même. Ce fut un (long) moment rare !

 

 



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