A boire et à manger

Quand deux passions se rejoignent pour n'en faire qu'une: la gastronomie

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16 avril 2017

Aujourd'hui, c'est la Saint-Julien !

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Quand arrive mi-avril s'annonce la dégustation de printemps chez l'ami Jean-Loup à Bourges. Le thème choisi par le maître des lieux ne pouvait mieux me préparer au périple bordelais démarrant le surlendemain : les vins de Saint-Julien. Un thème à la fois vague et circonscrit : tous les châteaux et les millésimes sont permis. Après, l'appellation n'est pas si grande que ça et le nombre de domaines limité. Comme d'hab', Nicole se charge du solide avec brio, talent et bonne humeur. Bref 4 heures de bonheur hors du temps, sous un joli soleil printanier.

Est-il utile de préciser que tout est bu à l'aveugle ? C'est tout de même ce qui fait le charme de ce type de dégustation.

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Nous démarrons par une bulle qui est trop bonne pour être autre chose qu'un Champagne. La robe est d'un or intense et les bulles sont très fines, laissant imaginer une certaine évolution. Le nez est rich et complexe, très pâtissier, entre frangipane, viennoiserie et fruits secs. La bouche est vive, alliant une grande fraîcheur à une vinosité séveuse. Les bulles sont délicates, tout en montrant de la tonicité. La finale dévoile de beaux amers, soulignée par des notes de noisette grillée et de croissant sortant du four. Vraiment excellent !  Chardonnay ou Pinot noir ? Sûrement les deux, tant il semble complet. Pas surpris à la découverte de l'étiquette : c'est la cuvée VP d'Egly Ouriet (78 mois de vieillissement sur lattes !)

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Tout en mangeant une terrine de boeuf, porc & noisette, nous attaquons le sujet du jour avec une première paire de vins.

Le premier a une robe grenat sombre. Le nez est expressif, sur des notes de cassis, d'âtre de cheminée, avec une touche de cèdre et une pointe de menthol. La bouche est tendue, longiligne, enrobée d'une matière veloutée, charnue, avec une belle fraîcheur aromatique. Il y a de la mâche en finale, mais sans la moindre dureté, avec une bonne persistance sur les fruits noirs et le menthol. On attaque fort dès le premier vin qui est très bon ++ comme écriraient mes amis dégustateurs.

Le second a une couleur plus sombre, un nez plus discret avec des notes d'élevages plus marquées (mais pas rédhibitoires). La bouche est plus élancée, avec une matière presque aérienne,  caressante, puis devenant plus dense. Le tout est un hymne au fruit noir frais, éclatant. La finale, par contre, est encore un peu sévère, avec des notes boisées bien marquées. Un très bon vin à attendre encore patiemment. Il devrait devenir excellent dans 10-15 ans.

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Le premier était Léoville Barton 2002, le second Léoville Barton 2008.

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Tout en grignotant des samossas de boeuf, nous passions  à la deuxième paire.

Le premier vin a une robe grenat sombre aux reflets légèrement tuilés. Le nez est très fin, charmeur, sur des notes de rose fanée, de Havane, de ronce et de cuir. La bouche est raccord, toute en finesse elle aussi, avec une matière soyeuse, élégante, ce qui n'exclut pas une grande intensité aromatique. La finale est mûre et riche, avec des  tannins denses bien fondus. Un très bon vin à maturité qui en a encore sous le capot. Beaucoup de plaisir !

Le second a une robe plus sombre et étonnamment trouble. Le nez fait plus évolué, avec des notes de sous-bois et de cèdre. Mais c'est surtout la bouche peu harmonieuse qui pose souci : les tannins vont et viennent, avec un côté asséchant marqué. Certainement un problème de bouchon (rencontré sur une autre bouteille bordelaise moins d'une semaine plus tard).

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Le premier était Branaire 1996, le second Léoville Barton 1996.

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Nous avons poursuivi avec des cotelettes d'agneau et une troisième paire de Saint-Julien.

Le premier a une robe grenat sombre évoluée. Le nez est le plus beau et le plus complexe depuis le début de la dégustation, presque plus proche d'un grand parfum que d'un vin : fruits confits, fleurs séchées, bois précieux. La bouche s'étire en longueur sur une matière séveuse, sensuelle, vibrante, avec une tension qui ne vous lâche pas jusqu'à la toute fin de la finale, riche et expressive. Epoustouflant. Un superbe exemple de l'excellence bordelaise. Si les vins de cette région étaient tous de ce niveau, il n'y aurait pas de Bordeaux bashing.

Le second a une robe assez similiaire. Par contre, le nez est plus tonique, à la fois plus solaire (fruits compotés, cuir) et plus frais (cassis). La bouche est d'une vivacité assez incroyable avec une fraîcheur aromatique (menthol) limite envahissante  qui persiste plus d'une minute après la dernière goutte avalée. La matière est dense et veloutée, mais dans ce contexte frais/vif, elle devient très glou-glou. On en boirait plus que de raison. La finale est encore un peu serrée, laissant imaginer que le vin n'a pas toujours dû être aimable. Mais aussi qu'il pourra tenir encore un bon bout de temps.

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Le premier vin est un  Léoville Las Cases 1989 – ce qui ne me surprend guère : très grand cru dans un superbe millésime – et le second un Gruaud Larose 1988 – ce qui ne me surprend pas non plus : tous les 1988 que j'ai bus avaient ce profil très frais, très agréable aujourd'hui mais agressif il y a 15-20 ans.

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Sur une daube de canard aux cèpes, nous dégustons une quatrième paire de vins.

Le premier a une robe pourpre sombre. Le nez fait très "Bordeaux modernes" avec des notes de fruits noirs bien mûrs, de boisé grillé/épicé et une pointe de tabac. La bouche est ronde, veloutée, limite suave, avec une juste tension. La finale a une mâche gourmande, aux tannins déjà bien fondus, avec un retour sur des notes d'élevage (vanille, grillé...). Je ne peux reconnaître que c'est très bien fait, mais j'ai l'impression d'en avoir bu 10.000 fois. Pour le coup, c'est typique du Bordeaux ch...t  et standardisé qui fait que nombre d'amateurs se sont détournés des vins de cette région.

Le second  a une robe un peu moins concentrée. Le nez est encore plus marqué par l'élevage, avec des notes de fumée et de café.  La bouche est par contre plus friande, plus fraîche, moins "travaillée". Hélas, les tannins commencent à apparaître dès le milieu de bouche et ne font que se durcir en finale. Peu de plaisir sur ce vin qui est clairement à attendre.

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Le premier était Lagrange 2009 et le second Gruaud Larose 2009.

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Du comté...

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... et du Brillat Savarin pour accompagner une dernière paire de Saint-Julien.

Le premier a une robe grenat sombre, avec encore quelques reflets violacés. Le nez est fin, sur les fruits noirs frais, le tabac et une touche de fumée. La bouche est ronde, souple, gourmande, avec une belle tension et un fruit bien présent. La finale poursuit sur la goumandise, avec un retour du cassis et du tabac, se concluant sur des notes mentholées. C'est vraiment très bon, ça, et pourrait convertir un Bordophobe. Après, ce n'est pas encore hyper complexe. Pour cela, il faudra encore patienter un peu.

Le second a une robe proche du précédent, mais un peu trouble. Le nez est un peu réduit au départ. Puis s'ouvre sur le cassis et le tabac. La bouche est encore plus fraîche, plus tonique, avec un fruit éclatant et une matière juteuse. La finale est encore plus marquée par le cassis et le menthol. Un vin plein de jeunesse et d'énergie qui offre beaucoup de plaisir.

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Bluffé je suis lorsque j'apprends que ces vins ont pas loin de 20 ans ! Il s'agit en effet du même couple que précédemment, dans le même ordre : Lagrange 1998 et Gruaud Larose 1998. Par contre, pas sûr que les 2009 ressemblent à ces deux vins dans 11 ans...

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Lorsqu'on voit arriver la tarte aux pommes, on se dit que la série est finie. En effet, Jean-Loup arrive avec une carafe remplie d'un liquide doré...

La robe est entre l'or liquide et le cuivre. Le nez est intense, sur des notes de safran, de truffe noire et d'écorce d'orange confite. La bouche est pure, élancée, avec une matière moelleuse et fraîche, pas lourde pour un sou. La finale est complexe, sur la truffe, le miel de châtaignier, les épices, et un retour de l'orange confite. Ah, si tous les Sauternes étaient comme ça !... (parce que c'est forcément un Sauternes).

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Il s'agit en effet de Guiraud 1996.

Merci à Jean-Loup pour les vins et à Nicole pour les bons petits plats. On reviendra !...

 



Commentaires sur Aujourd'hui, c'est la Saint-Julien !

    Magnifique Eric. Las Cases 89 ça doit effectivement être grandiose ! Mais du Comté et du BS sur des St Julien, ça doit être violent non voire horrible en termes d'accord ?

    Posté par celoweb, 16 avril 2017 à 10:03 | | Répondre
  • J'aime beaucoup ce blog sympathique et alléchant, bien que peu accessible à toutes les bourses...
    Attention à l'orthographe : taNin (mais taNNique...) !

    Posté par Filip, 16 avril 2017 à 11:43 | | Répondre
    • Les deux orthographes sont autorisées : http://www.universalis.fr/encyclopedie/tanins-tannins/
       
       
       
       

      Posté par Eric B, 16 avril 2017 à 11:52 | | Répondre
      • … et comme souvent en français, on va préférer la solution la plus compliquée : un "n" pour le substantif et deux "n" pour l'adjectif. Comme diraient les shadoks : « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? »

        Posté par Eric B (aussi), 19 avril 2017 à 16:00 | | Répondre
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