A boire et à manger

Quand deux passions se rejoignent pour n'en faire qu'une: la gastronomie

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12 avril 2014

Un samedi matin à Reignac

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En tant qu'amateur de vins en général, et de Bordeaux en particulier, il est difficile de ne pas avoir croisé Reignac quelques fois dans sa vie. Même si certains vins de ce domaine ont défrayé la chronique en faisant bras égal avec les meilleurs crus locaux lors de dégustations à l'aveugle, ceux que j'ai bus ne m'avaient jamais plus ému que ça. Mais il est vrai que cela faisait 7-8 ans que je n'en avais pas dégustés.

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Et puis, à travers le blog du domaine et les réseaux sociaux, Nicolas Lesaint, le directeur technique, a réussi en trois ans à donner une image plus humaine, plus proche des préoccupations de l'amateur, et l'envie de s'y intéresser de plus près.  

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Comme je devais me rendre dans le Médoc la semaine prochaine, et que j'animais vendredi dernier une dégustation "Vins étonnants" à Bordeaux, j'avais enfin l'occasion de faire connaissance en "live" avec Nicolas Lesaint. A peine contacté, il a accepté de prendre sur son WE pour me faire visiter Reignac, et je l'en remercie.

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Le domaine a une superficie de 135 hectares dont 70 de vignes. Ce qui veut dire qu'il est intégré dans un écosystème composé de bois, de prairies, et même d'un étang alimenté par une rivière coulant au pied de la butte argilo-calcaire. Au nord-ouest du domaine, on trouve aussi une belle nappe de graves sur lesquels s'épanouit principalement du Cabernet Sauvignon qui apporte aux vins de la tension et de la finesse.

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Si l'effectif relativement restreint de l'équipe viticole rend difficile une conversion à l'agriculture biologique, il y a un travail de plus en plus exigeant des sols allant de pair avec un arrêt progressif des désherbants, y compris sous le rang. Et même si les produits phytosanitaires sont "conventionnels", le domaine vise le "zéro pesticides" dans les vins en travaillant de façon très raisonnée, et en aidant la vigne à se défendre le plus possible elle-même contre les différentes maladies (utilisation d'oligo-éléments).

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Avec 70 hectares de vignes, il ne suffit pas de trois cuves. On est donc dans un cuvier rappelant les domaines médocains de taille similaire. Progressivement, des cuves de plus petite taille font leur apparition afin de facilliter le travail parcellaire, mais cela ne peut se faire du jour au lendemain, faute de place suffisante dans le chai. 

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Vous n'avez sûrement jamais croisé de Reignac blanc. Et pour cause : seuls deux hectares sont consacrés à ce vin, avec une production de 6000 bouteilles par an. Le Sémillon et le Sauvignon gris sont vinifiés et élevés en oeuf béton, alors que le Sauvignon blanc passe en barrique.

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Les raisins destinés au grand vin de Reignac sont vendangés puis triés manuellement. Puis ils subissent une macération préfermentaire d'une semaine à 8-10 ° avant d'être réchauffés pour démarrer la fermentation proprement dite. Elle se fait à température plutôt douce avec des remontages réguliers s'arrêtant à mi-parcours afin de ne pas trop extraire. La température est remontée lors de la macération post-fermentaire afin d'arrondir les tannins. La fermentation malolactique se fait pour moitié en barrique, pour moitié en cuve. Pour l'élevage, 50 % de fûts neufs sont utilisés, et 50 % de "un vin".  Les supports rotatifs "oxoline" que vous voyez ci-dessus permettent de remettre les lies fines régulièrement en suspension sans avoir besoin d'ouvrir les barriques.

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Pour la cuvée Balthus (100 % Merlot, moitié sur graves, moitié sur argiles), la macération préfermentaire se fait dans ces cuves haut sur pied, qui sont ensuite vidées dans des barriques neuves équipées d'une trappe pour y incorporer les baies. La fermentation et l'élevage se font ensuite intégralement dans ces barriques, les "remontages" se faisant par Oxoline. Du fait du faible volume, les températures de fermentation n'excèdent pas les 25 °, ce qui explique la finesse de ce vin.

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Cet ancien pigeonnnier a été profondément restauré pour être aménagé en salle de dégustation.

 

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Sympa, non ? Plus que sympa, même. C'est probablement l'une des plus belles que je n'ai jamais vues, avec crachoir individuel auto-nettoyant, comptoir à vin tournant, et de la place pour prendre des notes.

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Nous profitons du passage dans l'après-midi de journalistes pour lesquels plein de bouteilles ont été débouchées, y compris le rare Reignac blans sur deux millésimes.

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Reignac blanc 2012 : nez fin, sur le miel et les agrumes confits, délicatement boisé. Bouche ronde, douce, avec une belle tension. Cela se gâte pour moi un peu en finale avec un boisé vanillé un peu trop marqué. A attendre 3-4 ans pour que ça se fonde.

Reignac blanc 2013 (encore en élevage) : nez plus frais avec plus de peps, plus marqué par le Sauvignon (zeste de citron/pomelo). La bouche est également plus fraîche, tout en gardant de la rondeur et un côté aérien. La finale est tonique et savoureuse, avec une noble amertume. C'est franchement bon !

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Reignac 2009 : nez pétant de fruit frais (cassis) avec un côté très frais, mentholé. C'est un choc, car j'étais resté sur l'idée d'un vin bien boisé, limite surmûr. Ce n'est pas du tout le cas. La bouche est fraîche, au fruit expressif, avec de la tension et des tannins fins, totalement fondus. Seule la finale un peu trop boisée me dérange un peu.

Reignac 2010 : nez séducteur, plus confit, évoquant le coulis de fruits rouges, avec des épices et un très léger toasté. La bouche est nettement plus ample que le vin précédent, avec de la tonicité, une matière très douce et du fruit et encore du fruit. Ce coup-ci, la finale est gourmande, savoureuse, avec une fine mâche. On se régale !

Reignac 2011 : nez plus fin, plus réservé, mais toujours fruité. Bouche fraîche, élancée, avec une matière souple, soyeuse, avec un fruit joyeux. Le boisé refait un come back en final, mais d'une façon moins appuyée que le 2009.

Reignac 2013 : nez friand sur les fruits noirs, le menthol, les épices. Bouche très gourmande, avec une matière dense et veloutée, et un fruit frais très expressif. La finale gagne encore en gourmandise. Une petite tuerie, ce 2013 (comme quoi, il est pas si mal, ce millésime décrié)   

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Balthus 2009 : nez très frais, sur les fruits noirs, la menthe froissée, les épices orientales. Bouche ample, douce, avec une grande fraîcheur et une matière plus dense que Reignac. La finale savoureuse est raccord, avec une belle mâche. Très bon.

Balthus 2010 : nez plus gourmand, plus mûr, plus complexe aussi. Bouche plus tendue et aérienne, qui trace droit, très "vin de graves". La finale mâchue rappelle plus l'argilo-calcaire. Très élégant et racé.

Balthus 2011 : nez plus froid et austère, avec un fin fruité. Bouche encore plus tendue et aiguisée que le 2010, avec une finale assez proche. Un vin presque "bourguignon".

Balthus 2013 : nez sur les fruits rouges, avec une touche d'élevage (en cours). Bouche super gourmande, fraîche, éclatante, avec une fine mâche en finale. Décidément, on se régale avec 2013 :-) 

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Merci à Nicolas pour ce bel accueil !

 

 



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