A boire et à manger

Quand deux passions se rejoignent pour n'en faire qu'une: la gastronomie

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25 décembre 2006

L'inavouable plaisir de se rouler dans la fange ou un hommage à Desproges

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Il y a peu, Laurent Baraou avait rendu un hommage à Desprosges. C'est en mangeant avec une véritable jubilation un hot dog maison que je me suis souvenu à mon tour d'un texte du grand homme lu avec bonheur il y a une vingtaine d'année. Merci à Cuisine rouge de l'avoir remis en ligne. Ca m'a évité d'avoir à fouiller dans mes cartons de livres pas encore ouverts depuis le déménagement ;o)

desprosges

"C'était deux ou trois hivers plus tôt. Ayant laissé mes familles ordinaires à leurs ébats neigeux, je rentrais seul à Paris, par un soir gris semblable. Le frigo vide béait sur rien. Le placard aux victuailles exhibait un bocal de graisse d'oie, deux boîtes de Ronron et une de corned-beef. J'avais oublié la clé de la cave dans le sac à main de ma femme, ce qui m'interdisait l'accès au congélateur et - ô rage, ô désespoir, ô Contrex ennemie - à mes vins chéris.

Un voisin pauvre mais compatissant me fit le prêt d'une demi-baguette de pain mou et d'un litron sobrement capsulé dont l'étiquette, en gothiques lamentables, chantait avec outrecuidance les vertus du gros rouge ci-inclus. Etait-ce bien Gévéor, ou plutôt Kiravi, voire Préfontaines ? Je ne sais plus, mais qu'importe, puisqu'il paraît qu'ils pompent tous les trois à la même citerne, chez Total ou Esso. A moins que ce ne fût un vin des Rochers de chez Soupline, le velours de l'estomac, ou "le taffetas du duodénum", selon Francis Blanche. Bref, c'était un de ces bons gros pinards bien de chez nous dont l'acidité est telle qu'elle neutralise le méthanol et les effluves de Tchernobyl.

Or donc, la rage au coeur et la faim au ventre, je me retrouvai seul à la minuit dans ma cuisine avec ce pain flasque, le litron violacé et la boîte de corned-beef que je venais de gagner à pile ou face avec le chat, le sort souvent ingrat m'ôtant le Ronron de la bouche au bénéfice de ce connard griffu.

Avec des grâces de soudard pithécanthropique, je décapsulai la bouteille d'un coup de dent tellement viril qu'on aurait dit Rock Hudson sans le sida dégoupillant sa grenade offensive dans "Les marines attaquent à l'aube". Puis j'entrepris d'étaler largement l'inqualifiable pâté rosâtre sur la mie leucémique de l'ersatz farineux du voisin. Ainsi nanti, les pieds sur la table et la chaise en arrière, je me mis à glouglouter et bâfrer bruyamment, l'oeil vide au plafond comme un broutard abruti s'écoutant ruminer.

Or, à mon grand étonnement, j'y pris quelque plaisir, et même pire, j'en jouis pleinement jusqu'à atteindre la torpeur béate des fins de soupers grandioses, et m'endormis en toute sérénité.

Cette pauvre anecdote, dont la fadeur n'a d'égale que celle du sandwich, tendrait à prouver qu'on est pas faits pour le raffinement, en tout cas pas tous les jours, et que le cochon qui somnole en nous, tandis que nous bouche-en-cul-de-poulons des mets exquis et des vins nobles en nos tavernes choisies, ne demande qu'à se réveiller pour engloutir dégueulassement des rations militaires qu'un Éthiopien affamé repousserait du pied."

Chroniques de la haine ordinaire, 1991

Pour les fans de ce maître indétronable, je vous invite à aller voir son site officiel.

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En fait, mon hot dog était vach'ment bon. Le pain était chaud et croustillant. La saucisse knackait sous la dent. Et la moutarde moutardait avec allégresse. Mais c'est vrai qu'il n'y avait pas de quoi en faire un sujet. Finalement, si. Etonnant, non?

JOYEUX NOEL!



Commentaires sur L'inavouable plaisir de se rouler dans la fange ou un hommage à Desproges

  • Joyeux Noël Eric!

    Posté par Choupette, 25 décembre 2006 à 12:02 | | Répondre
  • Noyeux Joël

    Et un cheval melba pour conclure les repas de fêtes...

    Posté par Baraou, 25 décembre 2006 à 12:27 | | Répondre
  • joyeux noel

    pour toute ta famille !bises micheline

    Posté par mickymath, 25 décembre 2006 à 13:48 | | Répondre
  • Moi aussi je lisais Desproges...j'avoue, il y a bien des années. Des comme lui, y'en avait qu'un.
    Bien à toi et joyeuses fêtes de fin d'année.
    verO

    Posté par verO, 25 décembre 2006 à 14:23 | | Répondre
  • Très joyeux Noël à toi aussi !!

    Posté par Cathy, 25 décembre 2006 à 15:42 | | Répondre
  • Ah ! Desproges ! Inimitable, inégalable, il n'y en a qu'un...

    Posté par rosine, 25 décembre 2006 à 17:20 | | Répondre
  • Desproges : Avec coluche le meilleur de son temps.

    Desproges : Avec coluche le meilleur de son temps!!!

    Posté par Maud, 25 décembre 2006 à 20:05 | | Répondre
  • Ah merci Eric, ca c'est du cadeau de Noel! Bonnes fetes chez vous!

    Posté par Gracianne, 26 décembre 2006 à 13:56 | | Répondre
  • Merci pour cette chronique ordinaire pour une fin d'année qui le sera moins j'espère !

    Posté par Annellénor, 27 décembre 2006 à 14:17 | | Répondre
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